Retour sur un passé orange

Dans les années 2000, dans une de mes plus longues périodes de célibat (ah bon, je ne t’ai jamais parlé de ma vie amoureuse pleine de vi(d)e ?), je m’étais essayé aux sites de rencontre.

Parmi ceux-ci, un site Orange était très en vogue en Belgique: www.rendez-vous.be. Le site avait du mal à décoller en France; la distance, en amour, jouant un rôle plus important que l’on veut nous le faire croire.
Oh, j’ai dû essayer la concurrence plus d’une fois mais disons qu’à l’époque du lancement du site, il était gratuit… ce qui n’était pas le cas des autres.

J’avais la vingtaine avancée, un côté fleur bleue, assez idéaliste, capable de rassembler des foules (je crois qu’avec un peu d’effort, je dois encore être en mesure d’organiser une fiesta de 200 personnes – ah ben non, je suis asocial maintenant – je ne crois plus en la nature humaine) et surtout j’étais curieux (je le suis toujours d’ailleurs).

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La première étape, c’est de se créer un profil. Quelque chose me dit que toi aussi, tu es passé par là.

Concernant le descriptif physique, on était dans le formulaire classique: taille, poids, couleur des yeux et des cheveux… A part la question sur l’ethnie, qui a fait beaucoup jaser à l’époque, on ne peut pas dire que les questions étaient complexes; qui plus est, les réponses étaient optionnelles. J’y ai donc répondu avec franchise. Pas la peine de s’inventer une carrure imposante alors qu’à la première rencontre, je ferais la déception de mon interlocutrice. Qui plus est, on devait y apposer sa photo – chose difficile car je ne me suis jamais trouvé exceptionnellement beau et attirant. (Hein? Un manque de confiance? tsss tsss tsss)

Ensuite, venait toute une série de questions à liste déroulante sur nos goûts et nos préférences: musicales, fumeur, films, livres,… Pour chacune de ces catégories, on avait un champs libre pour indiquer les titres ou les groupes que nous aimions, les films et les acteurs/actrices, nos auteurs etc…
La première fois, j’ai joué franc jeu: j’ai répondu sans humour, juste platement. Puis quelques semaines et moi plus tard, j’ai adapté… Comme actrice, ce n’était plus une Meg Ryan (d’ailleurs, euh… en people, je ne connaissais que Meg Ryan et Julia Roberts – je regarde rarement les noms sur l’affiche), mais c’était « Toi, lorsque tu passeras la porte du restaurant ».
Bon à l’époque, c’était pas encore considéré comme trop lourd (enfin, j’étais aussi assez niais lol).
Finalement, mon texte s’est quelque peu amélioré: « Ces acteurs qui sont capables de vous transporter dans un autre univers, capable de vous faire pleurer et rire (bla bla bla) ». Pas de nom mais une ouverture à la discussion.
Il en est allé de même avec les livres et la musique. Je voulais susciter la curiosité et non pas m’amalgamer à toute la panoplie de guignols en chasse.

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Enfin, la case la plus difficile: se présenter! Quoi? Avec tous ces champs, ça ne suffit pas? pffff… Cette case n’a pas été remplie directement. J’ai cogité plusieurs heures-jours-semaines avant de trouver quelque chose à écrire de « potable ». Être soi-même? Oui, mais bon, il faut que je fasse une introspection approfondie pour savoir qui j’étais réellement.
J’allais pas faire ma nunuche avec « kikou! moi, c’est J-F, viens me parler! » – les Bisounours, c’est bien, mais l’idéalisme, c’est pas vraiment ça…
Alors on regarde les profils des autres Mecs pour voir s’il y avait des subtils dans le tas… perduuuuuuu…
Finalement, dans un premier essai, je me suis contenté de me présenter.
Dans un second essai (plusieurs mois plus tard, après avoir franchi des étapes importantes de ma vie virtuelle orange), c’était devenu plus engagent, plus intriguant… Ça n’a pas marché mieux 😉
Par la suite, c’est devenu original: J’étais devenu The Postman, le personnage clé du film éponyme, joué par Keviiiiiiiiiin Costner. Plus cool, plus relax… pas vraiment de succès non plus.
Je suis même passé par une phase rebelle: « Ne me parlez pas, de toute façon, je ne vous répondrais pas! ». Étrange, mais j’avais plus de réponse… Le côté rebelle a toujours eu son effet sur les dames, on dirait 😉
Enfin, mon personnage virtuel s’est harmonisé avec ma vie réelle, et le message me ressemblait pleinement. Qui plus est, je n’étais plus un anonyme sur le site, j’étais The Postman; j’avais fait parler de moi, j’étais devenu un mythe (Hein? je me la joue? même pas vrai!) et surtout, j’avais des amis. Le site n’était plus là pour « draguer » mais pour rencontrer des potes lors de visus 10-20-50-100-200 personnes…

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Deuxième étape: Contacter des inconnues.
Oh mon dieu! Je ne vous avais pas encore dit que j’étais timide à l’époque? Virtuellement, c’était un peu plus facile.
D’abord, la méthode consistait à faire une recherche selon des critères tout aussi aléatoires que discriminatoires… On commence par des tranches d’âges très ciblées. J’avais 25 ans et les cougars, c’était pas mon genre; donc, on cible 18-25, d’abord avec photos. Jeune et con, j’étais…
Et là, on commet l’erreur: une discussion s’engage réellement, on se laisse berner par des mots, on se contacte par téléphone (plusieurs de conversation trop vite, trop tôt, trop surface), on se rencontre… et c’est un flop. Toute l’intensité éprouvée s’est transformée en rancœur, d’abord envers l’autre qui nous a éjecté sur les 2 premières minutes (le feeling passe ou pas), ensuite envers soi, sur la fragilité de nos émotions. On s’en remet, on devient un peu plus vigilant, un peu plus fort… Pour beaucoup, ce n’est rien. Pour moi, ce fut dur. Le retour à l’âge du rejet, le retour de mon côté froid… Puis, on relativise, on tourne la page, on apprend de nos erreurs, on se remet en question…
Et on recommence… autrement… on essaie plus d’avoir une rencontre rapide; on cherche la discussion, la compréhension de l’autre… parfois on rencontre, parfois pas… c’est ce que j’appelle les amitiés virtuelles; souvent elles sont éphémères.
On passe alors à des recherches qui n’en sont pas: je parcourais les profils sans préférences et entamais des discussions avec les plus originaux. C’est discutable: peut-être celles qui n’avaient pas répondu aux questions n’en avaient juste as eu le temps.

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Troisième étape: Les rencontres et les visus
Ouep… j’en ai rencontrés des gens du net… beaucoup… mais seulement deux ont été plus loin (ben non, je n’étais pas un gigolo – je rencontrais car mon côté asocial réel/social virtuel en avait besoin). Je suis toujours avec ma seconde, laquelle m’a accompagné au Québec et m’a donné une superbe petite fille. Donc à ceux qui doutent, le net pour rencontrer l’âme sœur, ça existe.
Mais bon, revenons à nos moutons: voir de gens en vrai!
Je ne vous ai pas tout dit: après une rencontre désastreuse, je suis allé pousser un coup de gueule sur les forums du site (je les fréquentais de temps à autre pour donner mon opinion sur un sujet ou l’autre – sans plus)… et ça a changé ma vie (et ce n’est pas une expression)!
C’était un vendredi soir, j’avais dû ouvrir un sujet du style « Je hais les vendredis » – la raison, je ne m’en souviens plus trop: soit les forums étaient déserts, soit je n’avais pas encore le net à la maison (je surfais à partir d’un cyber ou de mon stage – on était en avril 2001)… et le forum a débouché sur mon premier visu (de groupe): à 19h, dans le fond de ma rue, un gars est venu me chercher pour faire une sortie avec la bande des forums à 100km de chez moi… Oh nous n’étions pas très nombreux, 8 tout au plus. Nous avions parcouru les rues de Lièges une partie de la nuit.. Le groupe était mixte, en sexe et en âge: du 20-37…

glamourous young woman laughing, feeding ice-cream to her friend
glamourous young woman laughing, feeding ice-cream to her friend


Pendant deux bons mois, j’ai intégré cette communauté virtuelle et y ai participé – tout en discutant avec des inconnues sur le côté. Second visu deux mois plus tard: 100 personnes… là, j’étais réellement le plus jeune. J’avais un peu la trouille (mais qu’est-ce que je faisais là???)…
Une bonne remise en question a eu lieu puis ce fut la fête 2-3 fois par semaine, pendant des mois! J’ai organisé, j’ai créé des groupes, j’ai rencontré des gens, je me suis socialisé temporairement. Lorsque je devais rencontré une inconnue, j’essayais de la faire venir aux visus – je lui disais « tu rencontreras des gens », je me disais « au moins, si ça ne colle pas avec moi, elle rencontrera d’autres personnes et n’aura pas fait une sortie pour rien ». Et certaines ont rencontré l’amour.
Puis j’ai fait des expériences humaines: je mélangeais mes groupes d’amis, orange ou non, pour voir ce que ça donnait: mon meilleur ami (enfin, c’est ainsi que je le considère même si ça fait un an que je n’ai pas de news) s’est marié avec un orange; ils ont trois enfants. De nombreux couples se sont formés lors de ces soirées! Certains ont tenu une soirée, d’autres sont toujours ensembles. Dans toute cette mixité, j’ai même invité une amie du secondaire à s’inscrire… elle n’y est pas restée inscrite très longtemps et un expat’ fran^cais du sud lui a mis la main dessus 😉

Clavier Cœur

Le temps a passé, je suis resté presque 8 ans actif sur le site; ça faisait peur aux demoiselles de voir un profil dont le numéro remontait à 2001 les contacter… je suis tombée sur V., qui était aussi active dans une autre section de la communauté mais que je n’avais pas encore rencontrée… puis nous voilà 6 ans plus tard.
De ces années, je garde un bon souvenir; j’ai encore quelques contacts, mais ma vraie nature, celle de l’Asocial a repris le contrôle de ma vie.
Les forums ont presque tous disparu, le site n’est plus gratuit, peu d’ami s’y trouve encore. Mais le concept des « États d’esprit », lui, a survécu.

Je dédie ce billet à Loraline, que je ne connais pas et qui, sans le vouloir, m’a remémoré toute cette ancienne vie avec son billet sur les messages des sites de rencontre.
Dans les forums, tous les plus « beaux » (péjoratifs) messages étaient publiés régulièrement par les membres. Ça nous faisait toujours rire, et on s’entraidait tous pour trouver des réponses humoristiques aux expéditeurs (principalement les adeptes du copier-coller ou les fétichistes). Je compatis aussi au sort de ces « innocents » qui ne savent pas comment contacter une inconnue. Courage! 😉

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The Postman Écrit par :

10 Comments

  1. 10 août 2015
    Reply

    Wow…tu parlerais de la jungle birmane, ça me paraîtrait moins inconnu (même si j’ai reconnu l’amie dont tu parles :D). Sérieusement, je n’ai pas tout compris, mais je suis soulagée de ne pas avoir connu. Je ne fais pas la maligne, coucou, j’ai trouvé Maricheri quand on était très (très) jeune. C’est juste que je n’aurais jamais pu, je dois être encore plus asociale que toi. Ça tombe bien, Maricheri aussi!

    • 11 août 2015
      Reply

      La jungle ou la junte? ;-))))
      Le truc, c’est que pour rencontrer quelqu’un, de nos jours, cela se fait soit au boulot, à l’univ’ ou dans la pratique des loisirs… Quand on bosse dans l’informatique, que l’on a étudiait que des sciences ou que l’on pratique des sports en solo ou entre potes, on ne rencontre pas vraiment du monde. D’où les moyens non-conventionnels: soirées célibataires, site internet, … Aller en boîte, c’est pas mon truc… je fais une allergie au bruit (j’ai parfois l’impression que ma fille va souffrir du même problème) et les boum-boum-boum ne m’ont pas vraiment branchés.
      Cette période de ma vie fut la plus sociale que j’ai eue, bien qu’avec le temps, ma vraie nature est revenue (vers la fin, je ne fréquentais que des gens qui n’aimaient pas les gens et on passait le temps à dire du maaaaaal) 😉

  2. 10 août 2015
    Reply

    Ooooh comme je suis touchée et contente de voir que mon article vous a inspiré !! Et merci de faire partager votre point de vue d’homme sur ces sites ! Je regrette que les forums n’existent plus (ou du moins je ne crois pas, je vais creuser un peu) ! Je retiens que ce site vous a fait rencontrer beaucoup de monde, et votre compagne actuelle… alors oui, grâce à vous je garde encore espoir de trouver aussi celui que je cherche ! En tous cas, j’ai parcouru votre blog ce week-end (découvert sur Hellocoton), et j’ai apprécié ce que j’y ai lu 🙂

    • 11 août 2015
      Reply

      Tu peux me tutoyer, c’est pas interdit… j’ai que 39ans après tout… 😉
      Non, les forums n’existent plus. Les sites de rencontres se sont peaufinés et leur objectif maintenant, c’est de permettre uniquement des rencontres simples entre deux individus.
      Parfois il y a bien des soirées organisées mais il faut s’en méfier car, pour des sites comme meetic, c’est sponsorisé par la société elle-même et ne visent que le profit et la publicité. Ca en devient presque indécent, car, dans la plus grande majorité des cas, ça se limite à des aventures d’un soir – ce que ne recherchent pas forcément les participants.
      Au Québec, il y a un site Urbeez dont le seul but est d’organiser des sorties de groupes entre inconnus. Le mieux, c’est de chercher ce genre de chose sur Paris.
      Le truc à garder en tête, c’est qu’il ne faut pas chercher pour chercher. C’est quand on ne cherche pas qu’on trouve.

  3. 11 août 2015
    Reply

    Jolie histoire 🙂 Ca vient de là alors les états d’esprit?
    Dans le temps (ouuuh la vieille) je m’étais inscrite sur des sites de rencontres (mais pas celui-là) j’ai rencontré quelques personnes mais ça n’a jamais duré fort longtemps^^, il y avait souvent une trop grande différence entre le virtuel et le réel (physiquement ou feeling), maintenant je suis avec quelqu’un depuis presque 3 ans mais ça ne s’est pas passé sur le net. C’est quand même cool que ça marche pour certaines personnes

    • 11 août 2015
      Reply

      Si mes souvenirs sont bons, le concept des états d’Esprit est arrivé un peu plus tard, vers 2003. Chaque entrée du forum était l’état d’esprit d’un des membres et, souvent, via « Message Perso », on se répondait les uns aux autres. Ce n’était pas non plus un rendez-vous hebdomadaire. Les gens y allaient quand ils voulaient. Quant à moi, je postais 4-5x par semaine – ça dépend des activités. A l’époque, les forums étaient limités à 501 commentaires et il faut savoir que nous avions dû créer presqu’une centaine de forums jusqu’en 2008.
      C’était l’avantage de nos sorties en groupe. Oui, le groupe « Les Rescapés » pouvait passer pour sectaire vu de l’extérieur, mais on faisait tout notre possible pour être ouvert.
      Comme je disais, rencontrer une personne en tête-à-tête est plus difficile que de rencontrer un groupe. La gène, dans le premier cas, s’étend sur la durée complète de la rencontre. Dans le second cas, ça ne dure que quelques minutes, puis on prend ses aises et on discute avec tout le monde.
      Et pour marcher, je connais encore 8-9 couples formés à l’époque et qui sont toujours ensembles 😉

  4. 14 août 2015
    Reply

    C’est vrai que je n’ai jamais fait de rencontres en groupe ^^

    • 14 août 2015
      Reply

      Euh… je ne voulais pas parler de ce genre de rencontre là, hein 😉

  5. 26 août 2015
    Reply

    Eh bien eh bien… Ça me parle aussi beaucoup tout ça…
    J’en suis à 86 épisodes de mes « premières impressions » glanées sur meetic moi aussi 🙂

    • 26 août 2015
      Reply

      Meetic, je n’y suis pas resté longtemps à l’époque… J’accrochais pas et le manque de convivialité m’énervait (et le prix par rapport à rdv.be)

Quelque chose à rajouter?