Le paradoxe de l’asocial

Je suis un paradoxe ambulant, je suis tiraillé de toute part avec des besoins totalement contradictoires.
Un exemple, c’est quand on me dit que je suis bien social pour un asocial… Pourtant, j’explique ça en disant que je suis asocial modéré; ou alors je prendrais la belle excuse que les contacts virtuels n’engagent à rien.

Non, le problème est beaucoup plus profond, il va chercher ses racines dans l’adolescence et la post-adolescence… et probablement dans l’enfance.
Un zèbre est une personne intelligente mais surtout, c’est un hyper-sensible. Il recherche le contact avec les autres, l’approbation des autres, les échanges… Et ça, parce qu’il ne pense pas comme les 99% de la population mondiale, il est déphasé, trop déphasé… déphasé suffisamment pour être rejeté, objectivement ou subjectivement, et pourtant il a tant à donner.

Alors, chaque rejet, chaque phrase, chaque coup, chaque échec, est vécu à la puissance 10. Et comme cela a commencé durant la phase à laquelle il se construisait, il s’adaptera.
S’adapter, c’est développer sa personnalité, une ou plusieurs, selon les circonstances. Il y a ce faux-self, cette personnalité qu’on utilise pour être socialement adapté: c’est celle qui passe-partout, celle qui permet de donner l’heure au passant qui vous la demande (mais sans plus: la notion de « bonjour », « de rien », « passez une bonne journée », ça demande trop d’énergie et de pratique), de pouvoir travailler… de pouvoir interagir avec la masse sans trop se différencier. Mais en même temps, on aimerait se faire des amis… pour ça, il faut se « livrer » un minimum… c’est paradoxale quand on prend un masque de normalité.

Pendant ce temps, la vraie personnalité se bâtit en arrière-plan. Plus elle encaisse de revers, plus elle trouve des parades… moi, ma parade, ça a été la construction d’une coquille, d’une bulle de protection, de plus en plus épaisse, pour me protéger des émotions, pour éviter de souffrir, pour ne rien laisser passer, pour ne pas que mes sentiments interfèrent avec le rationnel. Et, paradoxalement, le côté zèbre imaginatif, lui, a été très productif. C’est comme ça que l’évitant et le schizoïde ont commencé à se former… et cela en contradiction avec la nature du zèbre qui est à la recherche de contact qu’il n’a pas…

S’il est si intelligent, il n’a qu’à s’adapter, me direz-vous? Ben, c’est ce qu’il a fait avec le faux-self, non? Il s’est adapté… sauf que porter un masque 8h par jour minimum, c’est lourd, c’est épuisant, même avec l’habitude… et puis, le masque, ce n’est pas nous… et utiliser un masque pour construire des relations, ça n’est pas très indiqué… Et puis merde aussi! « Qui peut le plus peut le moins », ce n’est pas un axiome, ce n’est pas une fatalité, ce n’est pas une tautologie… c’est l’ignorance qu’il peut exister un fossé entre le « plus » et le « moins »!

Dictionary definition of definition

C’est quoi un évitant? (là, je prends la définition standard… je ne l’aime pas, mais c’est une définition après tout)

Il s’agit d’un mode général d’inhibition sociale, de sentiments de ne pas être à la hauteur et d’hypersensibilité au jugement négatif d’autrui qui apparaît au début de l’âge adulte et est présent dans des contextes divers, comme en témoignent au moins quatre des manifestations suivantes:

1. Le sujet évite les activités sociales professionnelles qui impliquent des contacts importants avec autrui par crainte d’être critiqué, désapprouvé ou rejeté
2. Réticence à s’impliquer avec autrui à moins d’être certain d’être aimé
3. Est réservé dans les relations intimes par crainte d’être exposé à la honte et au ridicule
4. Craint d’être critiqué ou rejeté dans les situations sociales
5. Est inhibé dans les situations interpersonnelles nouvelles à cause d’un sentiment de ne pas être à la hauteur
6. Se perçoit comme socialement incompétent, sans attrait ou inférieur aux autres
7. Est particulièrement réticent à prendre des risques personnels ou à s’engager dans de nouvelles activités par crainte d’éprouver de l’embarras

Personnellement, je me reconnais dans les points 1 (bien que la crainte en question, elle est tellement profonde que je suis en train de nier son existence), 2, 3, 4 (idem pour la parenthèse) et 6 (mais là encore, c’est mitigé).
Par contre, le point 7, je considère que je sais prendre des risques personnels… Je suis un adepte du changement, de l’évolution (d’ailleurs, selon les principes de Lamarck, la carapace émotionnelle est une évolution)…

C’est quoi un schizoïde? (pour être complet, c’est ICI)

Un mode général de détachement par rapport aux relations sociales, un éventail ou une gamme limités dans l’expression d’émotions dans les relations interpersonnelles, qui apparaît au début de l’âge adulte et est présent dans une variété de contextes, comme en témoignent au moins 4 des manifestations suivantes. Cet individu :
1. N’a aucun désir ni plaisir pour les relations intimes y compris les relations intra-familiales.
2. Choisit presque toujours des activités solitaires.
3. A peu ou pas d’intérêt pour les relations sexuelles avec d’autres personnes.
4. Prend du plaisir que dans de rares activités, sinon aucune.
5. Manque d’amis ou de confidents en dehors de ses parents du premier degré.
6. Semble indifférent à l’éloge ou à la critique d’autrui.
7. Montre une froideur émotionnelle, du détachement ou d’émoussement de l’affectivité.

Ah ben là, c’est presque tout moi!… Enfin, avec des légères exceptions. D’ailleurs, si le sujet vous intéresse, sur youtube, on trouve plusieurs présentations de psy de ces troubles de la personnalité. Ca peut faire peur… en fait, je dois l’avouer, pour écrire ces lignes (et donc me livrer à vous), je suis obligé de renforcer ma carapace pour ne pas laisser un afflux d’émotions m’exploser à la figure.
Maintenant, il ne faut pas dramatiser non plus, je le vis plus ou moins bien; d’ailleurs, vu que je n’ai aucune notion de « bonheur » ou même de comprendre le concept d’être « heureux », c’est pas si invivable que ça. Évidemment je dois baisser les barrières de temps à autre, mais c’est pas très fréquent.

Y a un hic, le zèbre, lui, il est pas très compatible avec le schizoïde… et les paradoxes sont omniprésents.

Quand on va un peu plus loin dans la littérature sur les schizoïdes, les évitants et les zèbres, on trouve un facteur commun: l’anxiété.

Mon plus grand paradoxe (je remonte mes barrières, la vue est floue), ça se joue là: je ne me suis jamais considéré comme quelqu’un de stressé ou d’anxieux. J’ai peur de la peur, c’est tout… ou peut-être aussi de l’échec (mais c’est relatif, grâce au schizoïde)… Donc, il y a un souci… et de taille, car mon corps, lui, il montre clairement des signes d’anxiété (muscles tendus, ongles rongés, etc…), et ma tête ignore quasiment tous les signaux (qui, je vous rassure, sont là depuis plus de 30ans – donc je suis habitué).
Mon défi est donc là: accepter mes angoisses, les découvrir, les soigner…

Bienvenue dans mon monde, bienvenue dans ma tête!

[Pour des ressources supplémentaires:
Youtube: Trouble de la personnalité schizoïde
Youtube: Trouble de la personnalité évitante
Youtube: Faux-self
pdf: Prendre soin d’un sujet de personnalité évitante
web: La personnalité schizoïde]

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The Postman Écrit par :

11 Comments

  1. 12 mai 2017
    Reply

    En lisant la liste un, j’ai aussi tiqué sur le point 7 🙂 Ouf !
    Bonne journée monsieur le Zèbre (animal préféré de la poulette… c’est « drôle » hein ?)

  2. 12 mai 2017
    Reply

    well well
    je répondrai à ton mail quoi … moi aussi je me reconnais un peu partout mais avec des nuances, enfin des décalages 😉

  3. 12 mai 2017
    Reply

    en lisant le pdf, en fait il y a juste un truc à remettre en place
    il y a le package neurologique zébritude-TSA (continuum autistique dit-on maintenant) d’un coté, et les troubles psychiatriques de l’autre. Isolément les symptômes sont les mêmes mais l’origine est différente et donc autant on peut traiter un trouble psychiatrique, autant une particularité neurologique en reste une … il faut donc l’accueillir avec bienveillance

    • 12 mai 2017
      Reply

      ça, c’est clair que le lien avec la zébritude crée le problème de savoir s’il s’agit d’une cause ou d’une conséquence.

  4. 12 mai 2017
    Reply

    J’aime ta conclusion : mon défi est d’accepter mes angoisses, les découvrir, les soigner. Tout est là. C’est très dur de faire face, mais ça libère d’un sacré poids.

    • 12 mai 2017
      Reply

      En fait, ce serait bien de d’abord les découvrir… ou alors les accepter… arg… j’sais plus! 😉

      • 12 mai 2017
        Reply

        C’est assez bordélique comme processus, l’important c’est de s’y mettre 😉

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