La politique autrement

Après vous avoir assommé avec mon billet d’idées brutes sur la post-démocratie, sachant qu’il s’agit là d’une utopie peut réalisable, du moins sur le court-terme, on va s’attaquer au cœur du problème: La politique et les politiciens.

Déjà, je suis ravi, en écou-lisant [ndlr: je suis adepte des audio-book – le terme n’a pas encore été francisé) ]le Miroir de Cassandre (Bernard Werber) , je suis tombé sur cette petite perle:

Le monde fonctionne à l’émotionnel. On réagit sans réfléchir, mais on pourrait très bien modéliser avec des équations notre politique étrangère, notre politique commerciale, notre politique financière, notre politique intérieure. Ainsi on pourrait prévoir les grèves, les guerres, les bénéfices à attendre de la balance extérieure. Mais personne ne veut rationaliser ce qui est censé, depuis la nuit des temps, se faire au “feeling” et à l’“inspiration” des chefs. Du coup, la politique est menée n’importe comment par des prétendus experts sortis des grandes écoles, qui n’y connaissent rien et ne font que reproduire des systèmes anciens qui ont jadis marché mais qui ont prouvé depuis qu’ils ne fonctionnaient plus.

Non, mais je rêve.. j’en pleure de joie… je suis sur le cul! On a résumé en quelques lignes le nœud du problème et la solution que j’affectionne! [ndlr: les maths ;-)]

Mais revenons les pieds sur Terre; on ne change pas les choses aussi aisément qu’en sortant de belles phrases. Il faut du concret!
Le principe de la représentation du peuple par un élu est biaisé à de nombreux niveaux: comment trouver un élu qui serait en ligne avec chacune de nos idées, sachant que nous sommes tous différents? J’avais évoquer la piste de voter plus plusieurs candidats plutôt qu’un seul, lesquels seraient des spécialistes (avec de l’expérience pas seulement politique) dans des domaines de gouvernance différents.
Bon, ça pourrait être compliqué à mettre en place; mais on peut au moins simplifier en forçant les élus à se présenter sur une liste avec un cabinet déjà complet (ou presque).
Ça, c’est une piste à creuser (quid des décès, des désistements, des départs à la retraite, etc… de ces messieurs).

L’autre point, ce sont les promesses non-tenues, les retournements de veste, le non-respect des électeurs, voir même la corruption de la machine.
Comment pourrait-on forcer ces gens à tenir leurs engagements, à œuvrer dans le sens que nous avons décidé?
D’abord, il faut que nous fassions preuve d’un minimum de bon sens: ils ne sont pas responsables des catastrophes naturelles! Ni même qu’une usine ferme!
Pour ce dernier point, on pourrait dire « oui mais l’usine, elle ferme parce que l’ancien gouvernement a mal géré sa politique économique ». C’est sympa de rejeter la faute sur l’autre, mais, d’un point de vue générale, on rentre là dans de l’aléatoire pur et simple. Si au lieu de dire « si je prends telle mesure fiscale, je vais créer de x milliers d’emplois », on disait utiliser des mesures de probabilité avancées, on ferait déjà moins de connerie [ndlr: je sens que je m’égare. Je vais donc éviter de parler de mouvement brownien appliqué à la courbe du chômage].

Donc, nos politiciens, ils ont tendance à penser court terme parce que, de toute façon, à la prochaine législature, il y a une probabilité non-négligeable des chances qu’ils ne soient plus là. Il faut donc les conscientiser avec leur après-mandat! Et les politiciens, plus que l’avenir du peuple (ou leur égo), ce qu’il préfère, c’est l’argent! [ndlr: Petite précision: je suis conscient de généraliser!]


La finance, elle a des gros mots compliqués pour ça: les produits dérivés! [ndlr: oui, le dérivé, c’est bien le même que dans l’analyse de fonction en math] Un peu comme un patron serait payé en partie avec stock-options, on pourrait faire de même avec un élu. C’est à dire que si l’entreprise perd de sa valeur, ses stocks-options ne valent plus rien… Pour que cela marche, il faudrait créer un fond d’investissement (capitalisme, capitalisme) dont le rendement est étroitement lié aux indices économiques du pays. Le salaire serait donc d’un montant fixe (et moindre que présentement) et d’une stock-option sur ce fond d’investissement [ndlr: techniquement, des options call de type Européennes avec date d’exercices 4 ans après la date de versement d’un salaire].

Une autre méthode serait celle différer le salaire.
Disons que, pendant leur mandat, le salaire des politiciens est ramené à celui de l’employé [ndlr: ou ouvrier] lambda. L’État, durant cette période, prendra en charge le prêt hypothécaire de sa résidence principale – ou d’un accord avec la banque, le paiement des intérêt-capital est suspendu durant ladite période. Il en irait de même pour d’autres dépenses « vitales » (à définir de sorte à empêcher des abus).
Déjà, le politicien, là, il est un peu moins bien dans ses bottes. Même si il a des avantages dus à sa fonction, il connait ainsi les joies de vivre avec un salaire réduit. Cela soulève néanmoins un problème lié au cumul des mandats (qu’il faudra revoir par la suite).
Le reste de son salaire, lui, sera versé à postériori, non en une seule fois, mais en versements s’étalant sur une période d’une durée double du mandat initial (si il est élu de 2000 à 2005, il recevra son salaire en de 2005 à 2015). Ce salaire, faut être un peu sympa, sera non-imposable, mais dépendra de nombreux facteurs économiques. S’il a bien fait son boulot, ce bonus serait assez important; dans le cas contraire, il recevrait quelques cents.
Un des avantages indirects de la chose, c’est aussi que cela éviterait d’avoir des politiciens trop âgés… ils savent qu’à partir d’un certain âge, ils ont peu de chance de recevoir l’intégralité de leur salaire!

Au départ, j’aurais dit que le salaire initiale serait payé en bon d’État: tous les mois, il reçoit le coupon et à la fin de la durée, il reçoit l’intégralité de son investissement. Ce qui fait que, si le pays est en défaut de paiement, il ne recevra pas un sous. Mais techniquement, ce n’est pas réalisable – et ça ne change rien au problème car le salaire est tout de même garanti.
Dans le cas des mandats multiples, un seul salaire serait verser et le reste serait différé (et aussi dépendant des résultats).

Cela reste très technique, je l’avoue mais cela a des avantages certains: la personne qui se présente en politique est obligée de penser moyen terme et non court-terme.
Selon que le niveau de l’élu (régional, départemental, fédéral, provincial, municipal, national…), les fonds et les facteurs économiques seraient différents. En effet, sachant qu’il y a des préoccupations différentes à chaque échelon, il ne faudrait pas qu’une décision prise au niveau national pénalise un élu municipal qui fait bien son boulot.

Maintenant, il reste le problème de la corruption et des lobbyistes.
On pourrait soumettre les comptes de l’élu à un tutorat, un genre d’audit ou de fiduciaire, dont l’objectif est de payer les factures et s’assurer que le seul argent dont dispose le politicien sont ses avoirs personnels (passés) et son salaire.

Sinon il y a une méthode plus drastique: chaque mois, on réunit un ensemble de citoyen (au hasard!) qui débatte des décisions prises (et non sur ce qu’il a dit) par chaque élu et ils attribuent le salaire à verser. Ca fait un peu populiste comme méthode mais je trouverais ça comique! Un genre de jury populaire – mais là, j’ai des doutes sur la bonne foi des gens…

Ces solutions ont l’avantage d’être modernes et du pousser les politiciens à se surpasser.

Je terminerais sur une autre citation du Miroir de Cassandre:

Le futur s’écrit aujourd’hui. C’est parce que certains imaginent maintenant un monde meilleur que ce monde meilleur pourra un jour exister. Tout le bien qui est le nôtre actuellement a été pensé, ou rêvé, un jour, par l’un de nos ancêtres. Si cet ancêtre n’y avait pas pensé, cela n’existerait pas.

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The Postman Écrit par :

8 Comments

  1. 13 janvier 2017
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    Postman président, Postman président 😉

    Je taquine mais il y a de bonnes idées dans ce que tu proposes.

    • 13 janvier 2017
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      Si elles sont aprtagées par un grand nombre, elles feront peut-être leur bout de chemin.
      Le seul hic, c’est pour qu’elle soit mise-en-place, c’est le législatif (et donc des élus) qui devraient porter le projet de loi. Ce qui veut dire, allez à l’encontre de leurs intérêts présents.

  2. 14 janvier 2017
    Reply

    Le Miroir de Cassandre semble intéressant à lire. Je propose Vocalivre pour Audio-book. J’ai décroché dans le passage stock options. Tout travail mérite salaire, celui qui ne reçoit presque rien, fait le minimum syndicall… Qu’en est-il du modèle suédois ? Ces remarques montrent que tes billets ravivent mon intérêt pour la politique. Merci !

    • 14 janvier 2017
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      Ce n’est pas un roman politique; ces deux réflexions sont juste des remarques que j’ai bien apprécié.
      J’essaierais de faire un billet complémentaire sur les questions que tu amènes.

    • 16 janvier 2017
      Reply

      Tout est une question de probabilité 😉

  3. 16 janvier 2017
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    Tant qu’à rêver 😉 Une réforme très simple qui évite les vues à court-terme : allonger les mandats et interdire les réélections. On rêve, là!!

    • 16 janvier 2017
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      JE ne suis pas sûr qu’allonger les mandats soient une bonne chose; d’accord que, pour qu’une politique porte ses fruits, il faut compter au moins 3 ans (un an pour pondre une loi, une autre autre pour ceux qui doivent la mettre en application selon le public visé, et une année pour connaître les résultats) – (ndlr: pour moi, 3 ans, c’est trop long, pas assez dynamique, impossible d’avoir une bonne vue sur les implications); et donc pour mesurer les dérives et adapter la situation, il faudrait encore de nouveau 3 ans… çà veut dire des mandats d’au moins 6 ans, avec aucune possibilité, en cas de débordement du politique, de prendre des mesures. Quant aux réélections, la limiter à une fois serait intéressant, pour admettre la continuité des dossiers de manière « correct » (si l’équipe en place a bien fait son boulot).

Quelque chose à rajouter?