Je me souviens… 1988-1994

Comme je le faisais part dans mon journal, je suis un brin nostalgique ces derniers temps, la faute à Haruki Murukami et à son Tsukuru, j’en suis sûr! C’est un coup pour me rendre plus humain et moins asocial ça!

Je me souviens donc d’une partie de ma vie où je n’étais pas encore qui je suis, où, comme tout ado qui se cherche, j’errais en quête d’identité, d’objectif, de vision.. de moi.
Je ne sais pas d’où me sont venues ces habitudes mais j’avais besoin de catégoriser les gens, de savoir à qui on pouvait faire confiance et surtout à quel niveau.
Athénée Royal de Gilly

J’avais des amis ou des potes, Cécile, Benoit, Laurent (pour ne citer qu’eux – mais la petite bande était bien plus grande que nous 4) que je rejoignais à chaque temps de pause; nos parcours scolaires du secondaire ne nous avaient pas placés forcément dans les mêmes classes (ce, malgré des options communes parfois). Ces potes-là, c’était l’école – ma vie à 35h par semaine. Une fois le week-end ou la fin des cours, je n’avais plus aucun contact (ou très peu). C’est probablement la raison pour laquelle je ne leur ai jamais accordé toute ma confiance, pour laquelle je ne me suis jamais confié à eux plus que nécessaire… Il a fallu peut-être attendre que je revois Cécile 15 années plus tard pour que des liens ou des registres de l’ordre de l’amitié vraie se créent…

Anecdote: on trouve une photo de moi (floue) sur le site... trop fier :p
Anecdote: on trouve une photo de moi (floue) sur le site… trop fier :p


Puis, il y avait ma vie en-dehors, celle de mes loisirs. Ils étaient sommaire à l’époque: la patinoire! Tout un monde plein de gens colorés. Patiner était ma passion première, j’avais des mentors et plus tard, je le suis moi-même devenu (du free-style, de la technique, de la précision, pas du patinage artistique, hein!). J’y passais en moyenne 8h par semaine. J’y avais aussi une bande de potes et de potines, plus ou moins fiables. L’un d’eux, Roland, avait un statut plus particulier car l’on passait beaucoup de temps ensemble et donc avait, à mon sens, le droit d’être appelé « ami »; on se disait quasiment tout, on discutait de tous les sujets, rarement de l’école d’ailleurs. J’avais fait une partie de mes primaires avec lui, donc c’est une amitié de « longue date ».
Dans les potines, il y avait aussi Caroline, une (snob) habituée de la glace (étrange, on la trouvait souvent par terre plutôt que sur ses patins lol).

Et il y avait le Sicilien (non, pas Christophe Lambert, hein!); lui, appartenait à mes deux mondes: il est arrivé à l’Athénée en 4ème secondaire et a fréquenté la patinoire (mais de façon aussi assidue – et pas pour les mêmes raisons) l’année suivante.

ndlr: il y a un prverbe pour chaque occasion
ndlr: il y a un prverbe pour chaque occasion

Roland, Enzo et Caroline sont ceux qui me connaissaient le mieux… La fracture de nos liens avec le premier s’est faite un peu après les années 2000, celle avec Caro lorsque j’ai rencontré V… de ces trois-là ne reste que le Sicilien que l’on passe voir lors de mes séjours en Belgique et dont j’ai l’impression que nos rencontres sont « forcées » (la communication est au point mort).
Je ne rentrerais pas, du moins dans ce billet, sur les années post-secondaires (Univ’, monde orange, boulot, retrouvaille).

Niveau scolaire, bien que je n’ai pas énormément brillé (sauf en math), je m’en suis toujours sorti sans avoir à étudier. J’ai une bonne mémoire auditive (en fonction du prof, on va dire) et manuscrite et ça aide beaucoup lorsqu’on arrive à un contrôle ou un examen. Ce qui est marrant, c’est que tout le monde me prenait pour quelqu’un de studieux, alors que la première chose que je faisais en arrivant à la maison, c’est allumer la TV (hey! Y avait les chevaliers du Zodiaque, Ken le Survivant ou d’autres animes japonais que le Club Dorothée diffusait! Chacun ses priorités après tout!); et s’il y avait des devoirs, c’était dans le fauteuil, avec la TV, que je les faisais.
le café de mon enfance (enfin, ce qu'il en reste)
le café de mon enfance (enfin, ce qu’il en reste)

Il faut aussi savoir qu’à cette époque, ma mère travaillait avec son homme dans un café. Je repassais donc par là en rentrant de l’école pour manger, puis je reprenais le bus suivant pour me vautrer dans le fauteuil (ou écouter de la musique dans la chambre, ou glander comme un ado se doit de le faire). Mais il faut aussi l’avouer: j’étais, pendant de longues heures, livré à moi-même; du temps pour penser, pour refaire le monde dans ma tête (je suivais l’actualité), pour faire des maths (et oui, déjà à l’époque, je m’amusais à faire tous les exercices des livres – pour le plaisir)… Je vous passe l’épisode puberté et fantasmes divers.

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Parfois déçu de la tournure des événements, surtout quand il s’agissait du rejet de la part mes amours -en sens unique- de jeunesse, je travaillais mon mental: je m’auto-suggérais que les sentiments ne devaient pas prendre l’ascendant sur la raison, que je ne devais pas être triste quand quelque chose ne marchait pas, je me construisais une armure. Et surtout j’apprenais à tenir mes positions, quelque soit les arguments adverses. Si je décidais de ne plus parler à une personne, si je rayais une personne de mes « amis », je m’y tenais jusqu’au bout. Les gens nocifs, dès que j’apprenais leur vraie nature, ne devaient pas me côtoyer. Évidemment, j’agissais parfois à l’excès.

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De même, des gens que je catégorisais comme « connaissance » ne faisaient pas long feu non plus: pourquoi perdrais-je mon temps avec des gens qui n’ont aucune intention de s’investir dans une relation amicale? La patinoire était un terrain de jeu magnifique pour mettre en pratique mes considérations sociologiques: je détectais de plus en plus rapidement quels étaient les habitués de ce lieu qui ne le resteraient pas longtemps (mon côté mentor n’était pas encore très marqué mais plus tard, cette manière de penser/trier m’a beaucoup aidé à choisir mes disciples). C’est là que je me construisais et que je m’étais en place mes mécanismes de défense – mais pas d’attaque… ma seule arme, je l’ai compris assez vite, c’était l’indifférence – la vraie, non pas celle de jouer les faux-culs. J’avais développé la capacité à rendre invisible à mes yeux toute personne qui m’était hostile. Ca pourrait sembler « gamin » (après tout, j’étais en pleine adolescence), mais élever à un certain niveau, ça devenait de l’art. Enfin, heureusement que mes sens et réflexes étaient là aussi parce que prendre pour acquis qu’il n’y a personne là où vous allez, ça peut faire mal…
L’école, c’était différent: impossible d’éviter réellement une personne; il y avait beaucoup de chance que nos « camarades » restent dans le même établissement jusqu’à la fin d’un cycle. Et puis, il y a aussi des profs qui ont des fâcheuses tendances à vous vouloir vous faire travailler en équipe!

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Dans ma construction mentale de l’époque, l’observation du monde « adulte » était très importante. Au café, il y avait très rarement des ados qui passaient (mon beau-père était assez stricte là-dessus: l’alcool, je n’en ai bu que lors de mes anniversaires). D’ailleurs, mon père s’étant remarié avec une femme qui ne supportait pas les enfants (ceux des autres), je ne l’ai pas vu souvent et c’est mon beau-père que j’ai utilisé comme modèle d’intégrité. Et dans les cafetards, vous vous imaginez bien que l’on voit passer toute une gamme de personnages haut en couleur et de tout style. Cela me fixait aussi des objectifs: je ne souhaitais aucunement finir comme certains énergumènes qui sont incapables de marcher pour rentrer chez eux, et ça tous les soirs… Oh bien sûr, ils avaient leur raison de boire autant, ils avaient des choses à oublier, des démons qu’ils ne voulaient pas affronter, mais leur choix de solution n’était pas en phase avec mes idéaux.

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Il y avait aussi la voisine (il y a toujours une voisine!), Vanessa, la fille du boucher (à deux maisons du café). Je l’avais rencontrée à la fin du primaire (mon beau-père était déjà le tenancier du café), et mon choix d’établissement secondaire, c’est un peu (beaucoup) elle qui me l’a fait prendre (une autre raison de ce choix, c’est une fracture antérieure dans mes amitiés du primaire – déjà là).
[ndlr: Je me rends compte que ce billet est long – tant pis – j’ai besoin de coucher des mots – là, maintenant. J’égaierais avec des images]
Vanessa a toujours été la voisine, pendant au moins 4 ans. Je n’ai pas souvenir qu’on ait été plus que de simples connaissances (pas vraiment une amie, juste une voisine sympathique de mon âge)… tout ce que je sais, c’est que je la trouvais belle et gentille (faudrait que je retrouve une photo); j’ai par la suite eu beaucoup de peine pour elle lorsqu’elle s’est mise en couple avec une brute locale (peut-être l’est-elle toujours). Vers la 4ème-5ème secondaire, il n’y avait plus de dialogue entre nous…

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Avec l’arrivée du Sicilien, mon éducation a pris un tournant; il fallait le dire, c’était un dragueur invétéré, avec du bagou et beaucoup d’ennemis… mais il n’était pas con du tout (je ne fréquente pas trop les cons en fait; je crois que je fais de l’allergie à la connerie) – même si certaines pensent le contraire. Il m’a initié à l’heroic fantasy (il m’avait passé un bête bouquin… depuis, j’ai toute la collection à la maison – encore aujourd’hui), plus tard aux jeux de rôles, Magic… il m’a aussi redonné, plus d’une fois, confiance en moi (surtout avec mon manque de succès avec la gente féminine). Il ne s’en est peut-être jamais rendu compte (si je devais faire une exercice de gratitude, je commencerais probablement par lui).
C’est marrant (hum hum) mais étrangement, aucun de mes amis proches de l’époque (lui, Roland et Caro) ne pouvaient pas se supporter…

Je ne sais si vous comprenez comment mes défenses se sont bâties, comment l’asocial s’est construit alors même qu’il y avait des gens autour de lui, mais c’est un fait inévitable: le mur sélectif, je l’ai bâti lors de ces années. Cette capacité à ne pas ressentir la perte, à pouvoir être indifférent sur demande (et sans retour possible), à ne laisser entrer dans ma bulle que les personnes de mon choix, à empêcher les contacts physiques, ces années 88-94 ont été la brique… (l’idée est apparue durant 85-88, le ciment durant 98-01).
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The Postman Écrit par :

7 Comments

  1. 16 novembre 2016
    Reply

    Tiens, tu vois, j’ignorais que Vanessa était ta voisine… J’ai retrouvé des vieilles photos de l’époque il y a peu… c’était comique… et le café : je pense à toi à chaque fois qu’on passe devant (chemin pour aller chez ma filleule)… C’est « comique » de te lire sur le sujet… les amitiés fluctuent, je ne sais pas si le terme est vraiment approprié…

    • 16 novembre 2016
      Reply

      J’ai trouvé notre photo de groupe de 1ère secondaire; période où l’on était tous dans la même classe.
      Le terme me semble approprié, bien que, dans certains cas, la fluctuation approche de l’extinction 😉

    • 17 novembre 2016
      Reply

      J’ai rajouté la photo 😉
      (mais encore faut-il que l’on nous reconnaisse :p )

  2. 17 novembre 2016
    Reply

    J’ai eu l’impression de lire un bout de vie de mon mekado à la patinoire, des moments devant la télé de mon enfance, des paasages de la vie qui vont et viennent… Comment Murakami fait-il remonter ces souvenirs ?

    • 17 novembre 2016
      Reply

      Il est fort, très fort!
      D’ailleurs, quand j’aurais fini L’incolore, je me réattaque à 1Q84 (version audio – si c’est le même narrateur)

  3. 18 novembre 2016
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    j’ai reconnu Cécile ! Je ne savais pas qu’elle était aussi sur la photo ! C’est bien de lire les com’ des autres ! Quel sourire !
    Well, je reste sans mots devant ce post dans lequel je me reconnais à 120%
    Quelles belles rayures, je suis toujours très étonnée de rencontrer des membres du troupeau, c’est très récent cette découverte chez moi, mais on peut en parler en privé

    • 18 novembre 2016
      Reply

      C’est lors de la première année secondaire que tous les liens se font: on est tous plongés dans un autre univers, tous perdus et tous à la recherche de repère.
      On se recontacte début de semaine prochaine 😉

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