E-volution 6.0 – Chapitre 2 – Choc (2/3)

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Berlin, 23 février 2061, 13h

La guerre n’a jamais arrêté les touristes; il y a toujours eu des voyageurs intrépides. Qui aurait bien pu les en dissuader d’ailleurs? Nous nous trouvions à près de mille kilomètres du front le plus proche. Tout appareil non-identifié survolant l’Allemagne était abattu sans sommation. Cela avait déjà eu lieu, plusieurs fois. Mais cela ne se produirait plus…

Nous étions en hiver mais la température était positive et clémente. Plusieurs centaines de touristes étaient rassemblés devant la Brandenburg Gate. Parmi eux, un enfant de 10 ans regardait sa maman avec un sourire radieux; il était fier d’elle, fier de sa venue en ce lieu chargé d’histoire. Elle fouillait son sac à dos; d’aucun aurait pensé qu’elle allait en sortir une bouteille d’eau ou un appareil photo. Il aimait tant sa maman et elle, elle voulait qu’ils vivent heureux, ensemble dans un paradis promis, libérés des contraintes de ce monde.

C’est certainement plus pour leur bonheur que pour son Dieu qu’elle en sortait un petit détonateur. Elle avait levé le capot de protection couvrant un bouton pressoir et c’est son fils qui avait appuyé.
Par excès de confiance en ce pacte de désarmement nucléaire ou par stupidité de croire que les ennemis de la liberté n’en feraient jamais usage, la sécurité ne recherchait plus ce genre d’engin sur leur territoire. Après tout, il était plus probable que ce soit un missile nucléaire qui arrive jusque Berlin qu’un car de touristes piégé.

Quand une voiture kamikaze explose, souvent seules les personnes se trouvant dans un petit rayon sont touchés. Quand ce car a explosé, une microseconde avait suffi à rayer la Pariser Platz de la carte ainsi que les quelques milliers d’être vivant à proximité. Dans les dix secondes qui avaient suivi, l’onde de choc avaient détruit le Siegessäule, l’université de médecine et le siège du gouvernement. Une minute plus tard, un immense champignon pouvait se voir à plusieurs dizaines de kilomètres de la ville. Durant ce cours laps de temps, 2,4 millions d’individus périrent, soit une réduction de 5% de la population allemande.

Sur le nouveau continent, un super-ordinateur encodait cette nouvelle donnée, mettant à jour les statistiques d’espérance de vie d’un homo sapiens en Europe. Ces mêmes informations avaient de nouveaux été recalculées lorsque des incidents similaires s’étaient produits dans l’heure suivante à Stockholm, Londres et Kiev.

Ayant conscience du danger qui devrait s’abattre sur sa nation si rien n’était entrepris, l’intelligence artificielle avait lancé les contre-mesures adéquates : L’Eurasie retournerait en plein Moyen- ge et le Canada serait temporairement sauvé.

* * * * *

Ne plus porter mon uniforme a un avantage non négligeable : je pourrais passer inaperçu dans la foule – voir même dans la neige, vu la couleur.

Au départ, quand j’ai vu les vêtements que l’hôtesse nous donnait, je me suis dit qu’on avait dû se tromper dans les tailles. Même avec toute la bonne volonté du monde, je ne rentrerais là-dedans, puis le tissu s’est ajusté de lui-même, s’adaptant à mon mètre quatre-vingt-quinze et cela sans m’étouffer. Je dois me l’avouer : je ne sais vraiment pas de quelle matière il s’agit.
La tenue est très légère, à peine plus lourde qu’une feuille de papier. Un écran de quelques centimètres sur la manche indique ce qui semble être la température intérieure et extérieure, soit 36,8° et 24° Celsius.

Sérieusement, est-ce que cet attirail peut nous protéger du froid?

C’est la jolie blonde, intello de service, qui m’a répondu:

– Sans problème! Il s’agit d’un vêtement intelligent bourré de technologie, complètement isotherme. Il peut vous réchauffer comme vous rafraîchir en cas de fièvre ou de forte chaleur.

Éléonore se veut rassurante, pourtant elle est sous pression depuis quelques minutes. L’approche de l’atterrissage ou la peur de l’inconnu?

– Je te fais confiance. Puis, histoire de l’aider à se détendre, j’ai vite rajouté : Si ça ne marche, je compte sur toi pour me réchauffer.
– Je te trouve bien présomptueux. Finalement, un bon bain glacé te ferait beaucoup de bien.

Avant que je puisse rajouter quelque chose, la voix du capitaine nous a demandé de retourner à nos sièges et de nous préparer à l’atterrissage.

Tout comme lorsque j’étais arrivé à Bruxelles ce matin, je n’ai pas senti la moindre secousse lorsque nous avons touché le tarmac. Soit le pilote est très bon, soit nous avons remplacé le sol par des coussins.
Voyant ma compagne de voyage enfiler ses gants et son bonnet, la différence entre nos tenues apparaissait: une ligne bleue allant de ses poignets à ses épaules, tandis que la mienne est grise. En me levant, j’ai d’ailleurs pris note que celle de Maria est verte et celle des enfants jaunes. Est-ce voulu? Il est sérieusement temps que j’oublie le sourire de la demoiselle et que je me concentre sur tous les détails de cette civilisation dite avancée.

La porte s’est ouverte et une bouffée d’air froid s’est engouffrée dans l’habitacle. J’ai tout de suite remonté mon col jusqu’au nez et mis gants et couvre-chef.
Je n’avais pas regardé par le hublot lorsque nous atterrissions; si je l’avais fait, je n’aurais pas été étonné de voir sur la piste de l’aéroport, une cinquantaine d’appareils similaires au nôtre, desquels débarquaient des centaines de personnes.

Comme nous, ils portent une tenue blanche avec des lignes colorées sur les bras. J’ai vu quelques enfants mais la majorité des passagers sont des adultes entre 25 et 45 ans. Je n’ai pas remarqué de cheveux gris ou blanc dans la foule se déplaçant vers le terminal.

Mon bracelet indique -25° Celcius pourtant je n’ai pas froid. Je serais bien resté là à tout observer mais, étant donné que nous avons voyagé ensemble, j’ai accompagné Maria, ses enfants et Éléonore dans le hall le plus proche. Comme aucune instruction n’avait été donnée et qu’aucun de nous n’avait pensé à demander les consignes; nous avons donc fait comme tout le monde.

J’avoue, j’ai craint, avec cette façon de nous accoutrer ainsi qu’avec ce monde, que nous allions être triés comme du bétail pour la suite de notre séjour. Ça n’a pas été le cas : l’immense hall qui accueille n’est pas aussi bondé qu’il n’y paraissait. Les haut-parleurs se sont mis à répéter :

Avancez calmement et mettez-vous à l’aise. Vous êtes libres de choisir votre place. Dans quelques minutes, de nouvelles instructions vous seront données.

Malgré le froid à l’extérieur, il n’y a pas eu de ruée vers les portes et encore moins vers les sièges libres. Une certaine discipline s’est mise en œuvre, à l’opposé de la rigidité militaire: Il n’y pas de chef ici pour aboyer des ordres, et encore moins de brimades lorsque les ordres ne sont pas respectés.
Soudain, je me suis aperçu de ce qui me dérangeait le plus : comme à l’ambassade, il n’y a ici aucun garde. Même après l’incident de lundi, ils n’ont même pas pris la peine de monter le niveau de sécurité.

Comme Éléonore, Maria et les enfants restaient ensembles, je les ai suivies jusqu’à un petit banc. Dans la foule, aucun visage que je ne reconnaisse, pourtant il y a des militaires, leur démarche autant que leur tenue ne prêtent pas à confusion. Dans un coin de la salle, plusieurs « lignes rouges » se sont rassemblées, délaissant les compagnons de voyage. Se connaissent-ils? Quelles sont leurs domaines d’expertise? Car expert, il n’y a plus aucun doute possible, nous le sommes tous.

Une fois tout le monde installé, la luminosité du hall s’est abaissée, ou plutôt les fenêtres se sont opacifiées, et des écrans sont apparus sur les 4 murs. Sur l’écran, une jeune femme, toute de bleue vêtue. D’après le sous-titre, c’était Marina, l’IA des Ressources Humaines.

Bienvenue à la Nouvelle-Ottawa. Aujourd’hui est le premier jour de votre nouvelle vie en tant que futur-Canadien. Pour beaucoup d’entre vous, cette immigration ne sera pas facile; nos coutumes, notre culture, notre politique, notre façon de vivre et de travailler vous sembleront étranges et demanderont un certain temps d’adaptation. Pour vous aider au mieux dans votre intégration, un agent de l’immigration vous a été attribué et il vous rencontrera dans la soirée.
D’ici quelques minutes, vous allez recevoir une trousse de bienvenue contenant des documents administratifs, un plan de la ville, un guide général de citoyenneté, un manuel expliquant le fonctionnement de nos institutions, la marche à suivre pour accéder à l’ensemble des services publics et enfin, le planning des prochains jours. Vous vous apercevrez que certains d’entre vous commenceront une formation sur le système Canadien dès demain, donc nous vous conseillons vivement de ne pas veiller inutilement.
Un logement temporaire vous a été attribué; l’information se trouve sur la carte « accueil » se trouvant dans la trousse. Cependant, si vous souhaitez en changer pour vous rapprocher de personnes que vous connaissez, cela est tout à fait faisable. Les agents d’accueil se feront un plaisir de modifier votre lieu de résidence temporaire.
Lorsque tout le monde aura reçu sa trousse, des navettes vous emmèneront vers votre logement. De même que l’adresse, le numéro de la navette se trouve aussi sur la carte d’accueil.
Nous vous souhaitons la meilleure des intégrations possibles.

Tout est donc prévu pour que nous ne soyons pas laissés à nous-mêmes dès le premier jour! L’organisation est parfaite, tout en fixant une structure rigide pour nos premiers jours, elle nous laisse une marge de manœuvre dans le choix de nos voisins.
Pour ma part, mon choix était fait depuis plusieurs heures : je resterais avec ces dames et les enfants. Je doute encore si j’attribue cette décision à la présence de la belle blonde ou à mon besoin de veiller sur leur sécurité. Nous verrons ce qu’il en sera.

– Que diriez-vous que nous restions groupés? Maria venait de me prendre de vitesse
– Oh ouiiiii! S’est enthousiasmé la petite. Sam, tu restes avec nous, diiis?
– Bien sûr! Ai-je répondu, ravi d’avoir une alliée de poids dans cette aventure.
– C’est bon pour moi, aussi, a jouté Éléonore.

Nous nous sommes donc dirigés vers l’agent le plus proche, facilement reconnaissable vu qu’ils sont les seuls à ne pas être habillés de blancs.
Nous avons donné nos noms et quelques instants plus tard, un porte document est apparu.

Les enfants et moi sommes dans l’immeuble C43, suite 24, nous a annoncé Maria

J’ai vérifié ma carte d’accueil :

– Je crois que je suis dans la chambre voisine. Suite 25 pour moi.

Étrange tout de même que nous ne soyons pas regroupés par secteur d’activité. Comme en écho à cette pensée, Éléonore a ajouté :

– Eh bien, nous n’aurons pas à demander de dérogation : suite 23. Ça m’étonne tout de même qu’on nous ait attribué de base des logements mitoyens alors qu’il aurait été plus logique de nous rassembler par métier.
– Peut-être est-ce en fonction du planning? A avancé Maria.
– Qu’est-ce qui est prévu pour vous? Ai-je demandé tout en cherchant l’agenda dans la liasse de documents

Tout le monde s’est mis à farfouillé puis nous nous sommes rendus comptes que nos horaires sont presque semblables : Notre agent d’immigration qui nous est attaché étant différent, nous aurions donc rendez-vous dans des lieux différents. Ce rendez-vous est planifié dans un peu moins de 4h et est suivi d’un entretien individuel nommé « choix de carrière ».
Pour Maria, vu la présence des enfants, d’autres indications et réunions lui ont été attribuées : Test d’aptitudes III, orientation scolaire et fonctionnement des études.
De jeudi à dimanche, nous serions tous en « formation » y compris les enfants qui recevront un cours d’anglais.

Mous sommes sortis pour attendre notre navette et j’ai remarqué que le groupe des « rouges » montaient tous dans le même bus. Il ne me semble pas les avoir vus négocier un changement de logement avec un agent.

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The Postman Écrit par :

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