E-volution 6.0 – Chapitre 1 – Recrutement (6/6)

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La camionnette avait roulé durant deux bonnes heures avant d’entrer dans un entrepôt et de s’immobiliser. Alicja était paniquée mais son frère, du haut de ses 12 ans, lui remontait le morale et la rassurait à sa façon : il lui racontait des blagues et partageait les bonbons dont il gardait toujours une réserve dans ses poches. Il n’avait pas posé de question, d’ailleurs je n’en avais pas posés non plus. Une fois que l’on s’était mis en route, celui qui nous avait aidés à embarquer m’avait tendu un sac-à-dos. Il contenait deux bouteilles d’eau, des passeports et des médicaments pour Alicja – comment savaient-ils? Vu le soleil tapant sur la tôle chaude du véhicule, les deux bouteilles étaient vides depuis longtemps.

Je ne savais pas trop où nous étions mais, lorsque la porte s’était ouverte, ce que j’avais pris pour un entrepôt était en fait un hangar à bateaux. Toujours en silence, on nous avait fait signe de monter dans une embarcation pour la pêche; le pont est assez large pour accueillir quatre personnes autour d’une table pliable, ainsi que 2 personnes dans la cabine.

Tout se passait très vite; deux jeunes filles étaient sorties de la cabine et étaient venues à notre rencontre. Elles s’étaient adressées à nous en anglais :

– Bonjour! Je m’appelle Eva et voici Sarah – laquelle avait enchainé :
– Nous avons très peu de temps devant nous. Installez-vous dans la cale le temps que nous ouvrons les portes puis nous partirons.

J’avais pris Alicja dans les bras et tenait Alexjandro par la main pour monter à bord. De la cabine, qui servait à la fois de cuisinette, descendait une échelle donnant sur la cale, ou plutôt une cale de 4 m² transformée en chambre.

– Ce n’est pas bien grand mais nous n’en avons pas pour très longtemps, m’avait lançé Eva à partir du poste de pilotage lorsque nous arrivions dans la petite pièce.
– Ce sera parfait, ne vous inquiétez pas. Puis, m’adressant à Alexjandro et Alicja : reposez-vous un petit peu. Je pense que notre voyage n’est pas encore fini.
– Maman, me dit Alicja, où est-ce qu’on va?
– Là où la vie ne pourra pas dévorer nos rêves.

Mes deux amours avaient décidé que Le petit Prince avait plus sa place sur leur table de nuit que la Bible ou le Coran. Tous deux savaient que là où l’on vivait, ils ne seraient jamais libres de vivre leurs rêves.

Le moteur s’était mis en route, et nous avions pris la direction de l’océan. Une dizaine de minutes plus tard, Eva était descendue nous apporter 3 gilets de sauvetage.

– Les pulls sont peut-être un peu grands mais on nous a prévenues qu’il risquait de faire frais là où vous allez.
– Merci, ça ira. Pour les gilets?
– Nous devrons vous transférer un peu plus loin et nous préférons ne pas prendre de risque. Pour les mettre, il suffit de …

Elle nous avait montré comment les enfiler les gilets et s’était assurée qu’ils étaient bien fermés.

Les enfants étaient restés silencieux tout en regardant par un des deux hublots de la chambre. Leur première virée en bateau, avais-je pensé.
Une heure s’était écoulée quand le moteur s’arrêta. Il m’avait pourtant semblé entendre un autre bruit du même acabit venant de l’extérieur. Eva avait passé la tête dans la cale:

– Dépêchez-vous de monter, nous n’avons plus beaucoup de temps. Il semblerait qu’on nous ait retrouvés.

Elle avait tend la main à Alexjandro pour l’aider à grimper l’échelle et ce dernier l’avait prit sans hésitation. Il ressemblait tellement à son père à ce moment-là.

– A toi Alicja, avais-je dit!

Elle avait hésité une seconde puis la détermination était apparue sur son visage; elle avait grimpé l’échelle avec une aisance que je n’aurais probablement jamais. Il faut dire que depuis l’âge de 5 ans, elle était inscrite au club de gymnastique de Braga et elle se débrouillait bien au dire de ses amies. En la suivant, j’avais entendu Alexjandro me crier:

– Maman, viens voir, il y a un avion sur l’eau!
– On appelle ça un hydravion.

A part au loin dans le ciel, il n’avait jamais eu l’occasion de voir un avion, et encore moins ce genre d’engin. À cet instant, je venais de comprendre pourquoi les gilets n’étaient pas une sécurité superflue. Un câble avait été lancé afin d’arrimer l’appareil au bateau. Sarah l’avait attachée et le co-pilote s’était mit à tirer afin de rapprocher nos deux moyens embarcations

Sarah avait lassé échapper un juron et avait montré à Eva un hélicoptère venant dans notre direction. Je ne le distinguais pas très bien mais j’estimais que dans très peu de temps, il serait au-dessus de nous.

– Nous n’avons plus le temps, criât-elle en jetant une blanche allant du pont au flotteur, juste en dessous du cordage. Tenez-vous au câble pour traverser.

Alexjandro était passé en premier, toujours aussi téméraire. On aurait dit qu’il avait fait cela toute sa vie. Une fois de l’autre côté, il avait appelé sa sœur :

– Viens Alicja, tu vas voir, c’est amusant!

Sa sœur m’avait jeté un regard qui en disait long : elle s’inquiétait plus pour moi que pour elle.

– Ça ira, ma chérie; je te suis.

Je commençais à entendre le bruit des palmes de l’hélicoptère lorsque j’avais entrepris de traverser cette passerelle improvisée. J’ai toujours été maladroite et je dois avouer que cette épreuve, qui avait été un jeu d’enfant pour mes deux amours, me semblait d’une difficulté insurmontable.

– Un pas après l’autre, me criait Alexjandro. Tu vas voir, c’est fastoche.

La planche faisait trois mètres de long et, aux deux tiers de la distance, le co-pilote, voyant la garde approcher et me trouvant trop lente plutôt lente, s’était décidé à venir à mon secours. Il avait agrippé mon avant-bras d’une poigne ferme et m’avait tiré sur le flotteur avec une facilité déconcertante. De là, il m’avait poussé dans la cabine arrière où j’avais rejoint les enfants.

J’avais vu Eva couper la corde avec une machette. Elle et Sarah me faisaient un petit signe de la main alors que l’hydravion prenait de la vitesse. L’hélicoptère nous talonnait mais notre appareil était plus rapide ou le pilote bien meilleur que le-leur.

Une minute plus tard, l’hélicoptère n’était déjà plus qu’un point dans l’horizon. Je me demandais ce qu’il allait advenir des deux femmes qui nous avaient aidés puis, au vu de la façon dont notre exfiltration s’était déroulée, leur échappatoire devaient être bien préparé à l’avance.

Le copilote m’avait fait comprendre que nous devions mettre un casque, et, une fois placé sur mes oreilles, sa voix clair m’avait annoncé :

– Dans 15 minutes, nous serons sur le territoire français. Nous avons comme mission de vous conduire sur Bruxelles, ce qui prendra environ 6 heures.
– Merci. Regardant mes enfants, je rajoutai : Ils n’ont pas encore mangé, vous n’auriez pas…
– On nous avait prévenu; dans le coffre en face de vous, il y a de quoi vous couper la faim… à tous les trois.
– C’est gentil.
– On nous a aussi demandé de faire une courte escale dans une petite heure, au cas où les enfants devraient…

Il n’avait pas achevé sa phrase mais j’avais bien compris. Tout était méticuleusement planifié, y compris le fait que des enfants seraient de la partie. J’avais ouvert le coffre en question et j’y avais trouvé plusieurs sandwichs, dont l’un à la salade thon, le préféré d’Alicja, un autre jambon beurre qu’affectionnait tant Alexjandro. En fouillant plus en profondeur, je n’avais alors pas été surprise de trouver un pain français tomate-salade-mozzarella pour moi. Il y avait aussi quelques livres pour jeunes enfants, dont le Petit Prince, et des revues de la Royal Society of Biology.

C’était la première fois que les enfants prenaient l’avion et ils adoraient çà! Ils admiraient tout autant le sol que les nuages. Si le fait de regarder par le hublot ne m’avait pas autant terrorisé, j’aurais pu leur donner un petit cours de géographie. Comme prévu, nous avions effectué une courte escale dans un aérodrome près de Biarritz avant de repartir plein nord.

La nuit était tombée depuis une bonne heure quand nous avions amorcé notre descente vers un petit lac pas très loin de la capitale Européenne. Descendre de l’avion s’était avéré bien moins compliqué que d’y monter et j’étais heureuse de sentir la terre ferme sous mes pieds. Une voiture nous attendait. Il était presque 20h30 quand nous étions arrivés dans l’hôtel de l’aéroport de Zaventem.
Une hôtesse s’était présentée à nous sans attendre:

– Bonsoir Madame Estoban, mon est Judith. On m’a demandé de vous conduire à votre suite.
– Merci Judith. Est-ce que vous connaissez la suite du programme?
– Non, je sais seulement que l’on vous contactera dans une petite heure.
– C’est mieux que rien.

Nous l’avions donc suivie et, une fois arrivés dans notre chambre, elle nous avait demandé ce que l’on souhaiterait manger et avait passé commande. Il y avait déjà des vêtements à notre taille sur chacun des trois lits de la chambre. En attendant que le repas nous soit livré, nous en avions profité pour nous rafraîchir. Alicja avait pris son médicament, se demandant d’où je le sortais. Après avoir mangé, les enfants s’étaient écroulées sur le lit et la minute suivante, ils s’étaient dormis. La journée avait vraiment été rude pour eux et ils devaient être plus déboussolés qu’ils ne le montraient.

Durant le repas, Alicja m’avait demandé pourquoi on m’avait appelé « Madame Estoban » et j’avais dû lui expliquer que j’avais changé notre nom de famille en auittant l’Espagne pour le Portugal. Elle était trop jeune pour s’en souvenir. Dès que nous aurions plus de temps et serions mieux reposés, je me promettais de tout lui raconter.

A 22h, le téléphone avait sonné.

– Bonsoir Maria. Je reconnu tout de suite la voix qui m’avait appelé ce midi.
– Bonsoir Anna.
– Je sais que votre journée a été mouvementée mais nous aimerions discuter avec vous ce soir même.
– Maintenant? Et mes enf…
– Mademoiselle Judith les surveillera durant l’entrevue. Nous n’en aurons pas pour plus de 30 minutes.
– Pas de problème alors.
– Dès qu’elle arrive, aller dans la chambre 325, même étage, dans le fond du couloir.
– C’est noté.

Elle venait juste de raccrocher que l’on frappait à la porte. Judith était entrée et d’un signe de la tête me confirmait qu’elle prenait le relais.

Arrivé à la chambre où j’avais rendez-vous, je n’avais pas eu le temps de frapper que la porte s’ouvrait. Une femme brune m’invita à entrer.

– Je m’appelle Abigaël; je suis responsable du recrutement.
– Bonsoir Abigaël. Est-ce vous que je dois remercier pour ma présence ici?
– Non, je ne suis qu’une intermédiaire. Plusieurs IAs sont intervenus depuis hier pour vous permettre d’être en ce lieu aujourd’hui.
– Aaah Les IAs canadiennes. Vous savez qu’en parler, dans le NEO, est considéré comme une hérésie? Tellement peu d’information ne filtre là-bas que j’avais presque relégué leur existence à l’état de mythe.

Elle avait ri; ça faisait du bien d’entendre quelqu’un rire…

– Je n’en doute pas.
– Alors dites-moi. Pourquoi nous avoir aidés? Pourquoi maintenant?
– Sachez que je n’ai pas toutes les réponses à ces questions. Ce que je peux vous confirmer, c’est que nous allons en réalité nous entraider.
– Je ne savais pas trop pour quoi mais je n’étais pas étonnée.
– Je vous écoute donc.
– Vous avez travaillé sur le remède de la grippe Espagnole, il y a 8 ans d’ici, avant que le NEO ne vous découvre. Est-ce correct?
– En effet. Il a fallu plusieurs années pour établir un véritable vaccin et, lorsque je touchais au but, le NEO a essayé de s’en emparer, principalement car ils espéraient se servir du virus comme d’une arme et voulaient immuniser leur armée. Quand j’ai découvert ce qui se tramait, et que mon ami de l’époque était à la solde du sultan, j’ai détruit tous mes travaux et j’ai réussi à fuir avec les enfants.
– Ca se regroupe avec ce que nous savons. Vous connaissez la position du Canada quant à la guerre et en qui concerne l’équité en terme de médecine?
– Si vous sous-entendez que tout vaccin ou serum devrait être disponible pour tout un chacun, sans préférence pour l’origine et au moindre coût, je suis au courant. Même si l’on raconte dans le NEO que vous essayez de nous empoisonner.
– La propagande de désinformation de cet empire touche tous les secteurs. Enfin bon, nous aimerions savoir si vous seriez capable de le fabriquer?
– J’ai une bonne mémoire et je devrais sans trop de difficulté accomplir cette tâche.
– Alors notre proposition est la suivante : Souhaitez-vous immigrer au Canada, avec votre famille, pour nous aider à éradiquer la maladie?
– Bien sûr! Où est-ce qu’on signe? Lançais-je sur le ton de l’humour, trop heureuse qu’une telle chance me soit offerte!

Souriant, elle avait sorti une feuille d’un dossier et me l’avait tendu.

Signez ici. Votre avion décolle demain à 8h.

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The Postman Écrit par :

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