E-volution 6.0 – Chapitre 1 – Recrutement (4/6)

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Comme cela avait été dit, la voiture était arrivée à 13h30 exactement ; j’étais là 5 minutes à l’avance, histoire de ne pas prendre de risque. La porte s’était ouverte et je n’étais pas surprise de ne pas y trouver de chauffeur. La technologie existait depuis presqu’un demi-siècle, mais pour des raisons légales, de prix et, à cause de la guerre, leur utilisation n’avait pas pu se faire à aussi grande échelle que prévu. Je pensais d’ailleurs que, dans ma petite Belgique, les gens aimaient trop avoir la maîtrise de leur véhicule ou aimaient trop conduire, pour opter pour ce genre de voiture. L’aversion au changement, quand j’y pensais, était aussi responsable de cette guerre.

J’avais donc pris place à bord de cette merveille de technologie, accueillie par une voix me demandant d’attacher ma ceinture et nous, la voiture et moi, avions pris la route. A un moment, le « chauffeur » m’avait averti que les vitres ne me permettraient plus de voir l’extérieur et, l’instant suivant, je n’étais plus capable de voir quelles routes nous prenions.

Durant le trajet, j’avais fait le point sur tout ce qui avait suivi l’appel. J’avais passé plusieurs heures à arpenter la blogosphère pour trouver des témoignages de personnes ayant été contactés par le bureau des ressources humaines. Mais, à part des récits d’individus vexés de n’avoir pas été sélectionnés ou, pire, vexés de n’avoir pas pu négocier une autre date de rendez-vous que celles proposées, on ne trouvait rien. Il semblait d’ailleurs que les frustrés étaient ceux qui s’étaient vantés d’être spécialistes dans un champ d’expertise qu’en fait ils ne maîtrisaient pas. Ayant raté le technique, ils n’avaient d’ailleurs pas été reçus pour l’entretien. Le Canada n’était pas non plus réputé pour autoriser des incompétents à entrer sur leur territoire.

Depuis l’avènement de l’IA, ou plutôt des IAs, en 2045, le pays était devenu la première économie mondiale, et avait durci toutes les règles liées à l’immigration. Les nombreuses plaintes d’ONG internationales pour non-accueil de réfugiés, qu’ils soient politiques ou autres, n’avaient rien changé. Par contre, le tourisme, lui, était en pleine essore.

J’étais plongée dans mes pensées lorsque le véhicule s’immobilisa. La porte s’était ouverte sur un immense parking souterrain où une femme m’attendait.

-Bonjour mademoiselle Durant. Je m’appelle Caroline et je vais vous servir de guide durant les heures qui viennent.
– Bonjour Caroline. Enchantée de faire votre connaissance.
– J’espère que le trajet ne vous a pas paru trop long.
– Non, pas du tout. Ce fut même agréable.

Je ne mentais pas ; je détestais avoir à prendre les transports en commun ou encore les taxis où les gens se sentaient tous obligés de vous parler et étaient incapables de vous laisser dans votre coin ; sans oublier tous ceux qui vous draguaient ou vous déshabillaient du regard. Un trajet aussi calme avait été un pur plaisir.

Je vais vous conduire au lieu d’examen ; il est presque l’heure et le système n’aime pas trop les retards.

En consultant ma montre discrètement, je remarquais qu’il ne restait que 5 minutes avant le début du test. Nous avions progressé dans un dédale de couloir pour arriver devant une pièce immense dans laquelle on ne trouvait qu’une seule chaise déposée en son centre. Il n’y avait rien d’autre.

– Voilà c’est ici. Je vais garder votre sac avec moi durant la durée du test, si vous n’y voyez aucun inconvénient.

J’acquiesçais, tout en me demandant ce qui se serait passé si je n’avais pas été pas d’accord.

– Merci et, comme on dit ici, je vous souhaite bonne ‘M’.

J’étais donc rentrée dans ce qui aurait pu être considéré comme une salle de classe et m’étais installée. A peine assise, la porte se refermait, s’effaçant entièrement dans le mur, me donnant l’impression d’être dans une pièce sans issue, toute peinte en blanc.

Puis une voix provenant d’un haut-parleur avait commencé à m’interroger, et cela avait duré au moins 45 minutes sans aucune interruption. Même si les questions étaient ardues, vaguant des mathématiques à l’informatique, étant doctorante spécialisée en intelligence artificielle, je n’avais éprouvé aucune peine et chacune des questions à trouvé une réponse concise et précise. Je ne m’attendais par contre pas à devoir effectuer un test de Turing, test consistant de savoir si un interlocuteur est un humain ou une machine. J’ai donc discuté avec un être invisible quelques minutes pour en déduire qu’il s’agissait d’une IA très évoluée. Il faut dire que la plupart des IAs modernes passent sans encombre ce test; cependant, on aurait dit que l’IA elle-même ne savait pas qu’elle était une machine. Sa dernière question “Que suis-je?” avait un arrière-goût de “Qui suis-je?”.

La porte s’était ouverte soudainement puis Caroline s’était avancée à ma rencontre. Elle m’avait emmené dans un silence absolu vers un autre local, plus vivant que le précédent. Chaises, bureau, cadres au mur, un petit drapeau avec une feuille d’érable et une cafetière à côté d’une fenêtre, mais toujours aussi vide d’humanité.
Caroline me demandait si je voulais boire et j’en avais profité pour demander un café, ma drogue quotidienne depuis que j’avais 10 ans. Une fois ce dernier servi, elle m’a annoncé que la responsable locale du bureau me rencontrerait sous peu ; puis elle était sortie, me laissant seule avec mon café.

Une jeune rousse d’une vingtaine d’année était arrivée quelques instants plus tard, tenant dans une main un dossier et dans l’autre un verre de lait. Cela semblait surréaliste, il est très rare chez nous que l’on boive ainsi du lait en plein milieu de la journée.

– Bonjour Mademoiselle Durand ; je m’appelle Abigaël, je suis la responsable du recrutement en Belgique. M’autorisez-vous à vous tutoyer, Eléonore ?
– Bonjour Abigaël. Bien sûr ! Répondis-je vivement.

Elle m’avait souri puis s’était assise.

– Marina m’a dit que tu t’es très bien débrouillée avec le test technique. Je te félicite.
– Merci. Répondis-je, me demandant tout de même qui était Marina.
– Cet entretien devrait être une formalité pour vous, cependant vos réponses sont tout aussi importantes que celles du test technique.
– Je n’en doute aucunement – et c’était bien le cas.
– Commençons donc par vérifier si toutes nos données vous concernant sont exactes…

Nous avions donc passé une demi-heure à passer en revue mon CV, mes coordonnées, mes références, mes antécédents médicaux, y compris ceux de mes défunts parents, pour terminer par mes nombreux compagnons de route. Je ne me souvenais pas avoir fait mention d’autant de noms, d’ailleurs le dernier qu’elle avait prononcé était une petite aventure qui remontait à deux semaines. Depuis quand me surveillait-on? Je plaçais cette question dans un coin de mon esprit, me disant que cela devait faire partie de la procédure et que, de toute façon, aucun de ces hommes de passage ne se serait de la partie.

Ensuite le sujet avait glissé vers des questions plus ouvertes.

– Alors, dis-moi, Eléonore, pourquoi souhaites-tu quitter ce pays ?
– Outre la guerre, tu veux dire?

Elle avait acquiescé et je m’étais lancée :

– Tu sais très bien qu’en Europe, tout ce qui est scientifique est soumis à des restrictions à la fois budgétaires que sécuritaires. Je suis donc totalement limitée dans mes recherches et dans leur application. Qui plus est, la guerre faisant rage, les seuls programmes subventionnés sont ceux qui peuvent aider militairement. Or, je suis une pacifique et je ne peux cautionner ce genre d’activité. Le Canada, lui, en plus d’être neutre dans cette guerre, se veut, depuis plus de 15 ans, être le paradis des scientifiques.
– C’est tout à fait vrai, je te l’avoue, cependant tu aurais pu opter, avec ton expérience et tes diplômes, pour la Silicon Valley, berceau des technologies, non ?
– J’avoue y avoir pensé, mais les Américains sont trop orientés vers les profits. Ils ne font de la science car ils veulent la monnayer et non pas pour le plaisir de la recherche.
– Tu marques un point. Nous allons passer à plus concret : si je te dis que ton vol pour le pays de tes rêves est planifié demain à 8h, est-ce que cela te pose problème ?
– Demain ? Je ne m’attendais pas à ce que cela soit aussi rapide. J’ai fait le tour de ce dont j’avais besoin et de toutes les formalités à effectuer. J’avais compté qu’il me faudrait au moins une semaine pour tout régler. Sachant le rythme auquel la procédure avançait, je craignais que répondre par l’affirmative signifiait la fin de mes projets.
– Non, si ce n’est que…

Elle m’arrêta :

– Bien, tu nous laisseras les clés de ton appartement, ainsi que la liste de tes différents numéros de contrat en cours. On se charge aussi de te contacter ton employeur.
Contrats ?
– Oui, tu sais : télécom, eau, gaz, électricité. Ne t’inquiète pas si tu n’as pas encore payé une facture ou l’autre. On se chargera de faire suivre le mobilier ainsi que de vendre ton appartement.
– Hum… tu es sérieuse ? Tout cela va être pris en charge ?
– Bien entendu ! Enfin, te souviens-tu que, lors de ta première demande, tu as dû fournir un numéro de compte sur lequel devait se trouver en permanence une certaine somme ?
– Oui, bien sûr. Elle s’y trouve toujours d’ailleurs !
– Eh bien, c’est ce compte qui couvrira toutes les dépenses liées à ton départ.
– D’accord alors. Comment cela se passera-t’il une fois sur place ?
– Ne t’inquiète de rien ; en ce moment, Marina doit déjà t’avoir réservé un pied à terre à la Nouvelle-Ottawa, ainsi que les cartes d’accès pour que tu puisses commencer à travailler lundi prochain.
– C’est… rapide…
– N’est-ce pas ? Note que de jeudi à dimanche, tu recevras un cours accéléré sur la politique canadienne. Tout le monde doit y passer mais c’est nécessaire pour s’intégrer rapidement.
– Parfait alors, mentis-je.

J’étais tout de même troublée. D’ailleurs, mon interlocutrice avait dû s’en apercevoir car elle avait rajouté :

– Ne t’inquiète pas. Tout se passera bien. Je te laisse au bon soin de Caroline qui va se charger de te faire signer quelques formulaires scellant ta procédure d’immigration.
– Je ne sais trop que dire… mais merci !
– Nous ne nous reverrons plus donc je te souhaite un bon voyage.
– Merci. Au revoir.

Caroline était arrivée quelques instants plus tard avec une liasse de documents auxquels j’avais dû apposer ma signature. Il y avait aussi une liste de ce que devait et ne pouvait pas contenir ma valise. A là fin, nous avions emprunté une série de couloir pour rejoindre la voiture qui allait me ramener chez moi, pour y passer ma dernière nuit.

Chapitre 1 – Recrutement (5/6) >>

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The Postman Écrit par :

4 Comments

  1. 5 février 2016
    Reply

    tu vas pouvoir écrire un livre !

    • 5 février 2016
      Reply

      J’ai besoin de motivation. Toute l’histoire est dans ma tête à 80%, mais il me manque un peu de motivation pour écrire les chapitre 4 à 20…
      On verra si le chapitre 3 attire du monde ou non…

      • 6 février 2016
        Reply

        allez, hop hop hop on se motive !

        • 6 février 2016
          Reply

          j’ai avancé d’un sous-chapitre, c’est déjà bien 🙂

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