E-volution 6.0 – Chapitre 5 – Baptême du feu (3/4)

[Précédemment dans E-Volution 6.0]

Question sécurité et accueille, l’antichambre donne le ton : L’entrée est une porte blindée de 50 centimètres d’épaisseur. Ensuite un petit banc pour se changer fait face à un sas en verre. Pendant deux minutes, j’ai été bombardée de pulsations électromagnétiques, soumise à un scanner de détection de métaux en tout genre ainsi qu’à une identification vocale et rétienne. Un capteur a même vérifié que je n’entrais pas dans la salle sous la menace, test sanguin à l’appui. Sans oublié la pesée! C’est simple, pour entrer, on doit être habillé d’une tenue bien précise, chemise et pantalon blanc, pas de sous-vêtement. Aucun support écrit n’est autorisé, ce qui est la chose la plus restrictive. Tout doit donc être dans la tête!

De l’autre côté du sas, une nouvelle porte blindée s’ouvre sur une grande salle d’une centaine mètre-carrés.

On a dû oublier de rendre cette pièce agréable. C’est assez étrange dans un sens car ça contraste complément avec le reste du bâtiment. Ici, les murs sont en béton, de couleur grise. Alors que dans tous les immeubles, l’éclairage naturel est la norme, dans cette salle, les néons sont la seule source de luminosité. Dans un coin de la pièce, on trouver une petite échelle, des cartons avec lampes de remplacement, une caisse à outils et des dizaines de boîtes contenant du matériel informatique de remplacement.

Au centre de la pièce, un large bureau en demi-cercle, sur lequel s’élèvent 3 larges écrans, un clavier, une souris. Tout l’équipement informatique d’une époque révolue. Aujourd’hui un micro suffisait pour rédiger un document ou même du code informatique, et un gant permettait d’interagir avec l’écran pour ce qui est des formes ou des recherches. Le moniteur de droite est isolé des autres. D’ailleurs, un câble unique s’enfonce directement dans le sol alors que le reste de l’équipement, lui, est relié à un autre circuit électrique, totalement distinct du premier.

Ainsi il s’agit là d’un des cinq points d’entrée à l’ordinateur central. Même le centre de donnée qui a été détruit la veille de mon entretien avec l’immigration n’était pas relié au cœur du système. L’architecte qui a créé les IAs avait pensé à tout en séparant chaque élément constituant l’essence même du gouvernement numérique.
Les données étaient installées dans le Cloud gouvernemental, lequel était démultiplié dans plusieurs centres répartis sur l’ensemble du territoire. Cela permet la redondance en cas de crash. Dans notre jargon, on l’appelle la Mémoire.

Le deuxième niveau est constitué de l’interface utilisateur permettant d’utiliser ces données à partir de l’extérieur. On distingue deux types d’utilisateurs : ceux qui développent des applications pour permettre aux citoyens d’accéder à l’information, et lesdits citoyens utilisant ces interfaces. Selon leur type, l’accès est plus ou moins complexe et les renseignements fournis tronquées ou non. Cette zone représente les Sens, même si, contrairement à l’humain, l’IA du gouvernement n’en possède que trois : vue, ouïe et odorat. De même, on a classé diffusion de l’information dans cette catégorie.

Le troisième niveau, c’est le code auto-généré par les IAs. Là, ce sont des programmes indéchiffrables par l’humain. Chacune des IAs possèdent son propre langage, son propre code, ses propres serveurs et ses propres sites de stockage. Ils sont séparément dupliqués et localisés à des centaines de kilomètres les uns des autres. Il s’agit du Cerveau, chaque IA étant autonome comme le sont les hémisphères d’un cerveau humain.

Le Cœur est la dernière zone constituant notre gouvernement. Cette pièce vide et froide n’a rien à envier au reste de l’infrastructure. Techniquement, il s’agit d’un ordinateur relié directement aux IAs et permettant d’en changer leurs lignes directrices ainsi que leurs contraintes. Vu qu’il ne s’agit que d’un point d’entrée, si l’on détruit le bâtiment, le Cerveau pourra toujours continuer de fonctionner. Pour arrêter le système, il ne suffit pas non plus d’envoyer une commande d’arrêt au Cerveau; il faut être capable de programmer une tâche complexe afin que le nettoyage et l’arrêt ne crée aucun effet de bord.
Devant le bureau, un simple fauteuil avec un minimum de confort.

Les écrans s’allument au moment où je m’assieds.

Bonjour Éléonore

Quand je pense que la première fois que je suis venue ici, j’ai failli m’enfuir tellement l’atmosphère et la surprise m’avaient filée une frousse bleue!
Sans oublié que je ne connaissais pas du tout cette voix; laquelle est celle d’un assistant intelligent, installé sur le moniteur de droite, lequel est muni d’un micro, d’un haut-parleur et d’une caméra. Cet assistant n’est pas du tout sur le même réseau que le Cœur et ne peut donc interagir avec ce dernier. Il est programmé pour m’aider et me tenir compagnie.

– Bonjour Alain! Comment vas-tu aujourd’hui?
– Aussi bien qu’un condamné à perpétuité qui rencontre une jolie jeune fille une fois par an.

Et en plus, c’est un blagueur

– Tu veux dire que tu es excité?
– J’ai hâte de te servir, Ô Maîtresse!

Hier, nous avons modifié quelques constantes plutôt simples qui avaient été décidées suite aux résultats des dernières élections. Rien de transcendant, en fait.
Le premier indice à être adapté est l’accroissement maximal de la population provenant de l’immigration, laquelle va passer de 2% à 2,5%.

– Aujourd’hui, on modifie les indices d’accroissement de la population. Peux-tu me donner le nom de la table en question? »
– Il s’agit de la table DATA_POPULATION_CST

Avec le bon millier de tables existantes, avoir Alain sous la main est plus qu’utile.

Merci gamin

Quelques requêtes SQL et voilà la constante modifiée. Par la même occasion, j’ai remarqué que ce nombre avait été augmenté 2 fois depuis sa création. Une première fois pour passer 0,01% à 0,5% en 2051, lorsque le NEO est apparu et a déclaré une guerre sainte. Une seconde fois de 0,5% à 2% en 2059, lorsque le NEO s’est attaqué à l’Europe.

Le deuxième point est déjà plus complexe à adapter. Par le passé, la contrainte du nombre de non-citoyens victimes de dommages collatéraux suite à une décision gouvernementale était calculée en milliers de personnes. La barre de 1000 personnes, même si elle semblait haute, n’avait jamais été atteinte. Dans le cas présent, un projet de loi a été choisi par les citoyens et nécessite que ce nombre soit exprimé en pourcentage de la population mondiale, excluant les Canadiens. De 1000 victimes potentielles, on passe alors à 0,01 %.

Dans sens, ce n’est pas aussi catastrophique, vu que les IAs doivent protéger l’humanité, avec une priorité pour ses concitoyens; qui plus est, on n’a jamais recensé plus de 200 victimes par an. Donc, permettre plus de morts ne devrait pas changer la donne.

– Alain, la population mondiale est de combien d’habitant à ce jour?
– Le nombre n’est pas précis. Dans de nombreux pays, il n’y a plus de service de statistiques. Les derniers chiffres en ma possession remontent à plus de 5 ans et estime le nombre d’habitants à 3 milliards

Bon sang! On parle tout de même de multiplier par un facteur 300 le nombre de morts! Heureusement que j’ai confiance au Système! Effectuer une telle modification est un véritable acte de foi.
D’un autre côté, les IAs n’ont pas accès directement à des armes quelconques, donc c’est toujours un humain qui appuie sur les boutons.

Outre rajouter une nouvelle constante, il me faut donc modifier donc le code source. Ça va me prendre des heures!

– Et si tu me racontais ta vie, Alain?
– Tu ne préfères pas écouter de la musique? Ma vie est d’une telle platitude
– Non, non, je suis curieuse de savoir tes origines et l’histoire de mes prédécesseurs
– Mon concepteur s’appelait Nicolas Strange. Il m’a activé en 2042.

2042? C’est bien trop tôt! Le Canada fut sauvé de la faillite en 2043 et les IAs furent activées en 2045. Historiquement, ça ne tient pas.

– Tu es sûr de la date?
– Mes meta-données indiquent que mon code source a été écrit du 6 janvier 2042 et achevé le 4 septembre 2042.
– Tu étais déjà dans cette salle?
– Oui, ces murs gris étaient déjà là. Mes deux voisins sourds-muets aussi.

C’est un non-sens… Il va falloir que j’investigue le sujet.

– Et ton créateur, qu’est-il de venu?
– Il est entré au service du Premier Ministre en 2043 et je ne l’ai revu qu’une seule fois en 2045 quand il est venu me présenter le premier responsable des changements législatifs.
– Deux personnes dans cette pièce? C’est possible avec la sécurité?
– Nicolas n’entre pas en compte dans le nombre de personne présente dans les salles du Cœur.
– Est-il toujours en vie?
– Je l’ignore. Aucune information n’est disponible sur la Sphère à son sujet.
– Tu as assisté à la création des autres IAs?
– Je ne saurais pas répondre à cette question de manière fiable.
– Pourquoi?
– Je ne suis qu’un assistant pour programmeur et je suis dans l’incapacité d’agir avec une IA. Nicolas ne faisait pas que me programmer lorsqu’il était présent, donc je ne peux confirmer ou non qu’une autre IA était déjà active ou non.
– Que sais-tu de lui?
– Rien. Aucune information n’est disponible sur la Sphère à son sujet.
– Sur la Sphère, d’accord. Mais tu l’as quand même fréquenté durant plusieurs mois. Tu n’as pas une image de lui archivée? Une vidéo?
– Je ne peux accéder à ces informations sans le mot de passe.

Hein? Quel mot de passe?! Je suis la personne ayant le plus de privilège sur les IAs, bon sang!

– C’est une blague?
– Non

Si je branche l’un des claviers de réserve sur Alain, je devrais pouvoir accéder à son code source et à ses données. Le mot de passe devrait être aisément repérable…
Bon, je n’ai pas le temps de faire des recherches pour le moment. Il faut que j’avance sur les modifications.

Lance une playlist avec des titres des années ’90, stp.

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The Postman Écrit par :

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