E-volution 6.0 – Chapitre 5 – Baptême du feu (2/4)

<<- Chapitre 5 Partie 1

  • Alexjandro, tu as l’air préoccupé. Quelque chose ne va pas?
  • Non, m’man, je réfléchis à un truc pour l’école. On a un prof’ qui nous pose des défis tordus et, du coup, j’y pense jours et nuits. En plus, les profs sont de connivences les uns avec les autres. J’t’assure, ils abusent, là!
  • Allons, ça ne doit pas être aussi compliqué. Explique-moi pour voir…
  • Tu n’imagines même pas! La semaine dernière, dans un cours de philosophie créative, on devait lancer des idées en l’air sur des inventions qui n’existent pas et qui seraient utiles dans le futur.
  • Vu ton imagination, tu as dû en sortir des dizaines, je parie, l’ai-je taquiné.
  • Moque toi pas! Je…
  • « Ne te moque pas » que lon.

Après un petit râle, il a continué :

  • Ne te moque pas; je crois bien avoir trouvé 5 nouveaux concepts, certains loufoques, d’autres moins.
  • Donc aucun stress, non?
  • Le truc, c’est que la prof de créa’ a donné nos idées les plus irréalisables à celui de techno et il nous a demandé d’expliquer pourquoi chacune de nos inventions ne peut être conçue avec nos connaissances actuelles et que devrions-nous découvrir pour que ce soit possible…. Tu vois le genre…
  • Et tu as proposé quoi comme invention?
  • Au départ, j’étais parti sur les concepts de terraformation; tu vois ce que c’est?
  • Le principe de transformer une planète non-habitable en une nouvelle Terre, c’est ça?
  • Ca résume bien la chose. Un des problèmes que l’on rencontre sur le sujet, c’est la transformation de l’atmosphère pour qu’elle soit respirable pour les humains. L’idéal aurait été la photosynthèse mais ça prendrait des centaines d’années pour une telle transformation. Déjà, le concept n’est pas au top mais on m’a demandé de développer et dire quelles avancées seraient nécessaires pour que ces siècles nécessaires prennent mois d’un an… Ils sont fous, je te dis!
  • Eh bien, en fait, c’est toi qui a lancé l’idée! Tu t’es mis tout seul dans le trouble, comme on dit ici.

Il marche à tous les coups! Et je sais qu’il peut réussir ce défi!

  • Merci de tes encouragements!

Il a terminé son souper puis il est parti en lançant un « Je vais dans ma chambre mettre mes idées en ordre. »
L’envie de lui demander de mettre aussi sa chambre en ordre m’a effleuré l’esprit un bref instant, mais devant tant d’envie de travailler, je me suis abstenue. Je me demande s’il va pouvoir avancer une théorie qui tient la route.

Ding Dong

Tiens, on a de la visite. Je me demande bien qui peut venir à cette heure-ci!

  • Qui est là? Ai-je demandé via l’interphone
  • Bonsoir Maria! C’est Isabelle, je ne te dérange pas?
  • Non pas du tout; je t’ouvre la grille.
  • C’est qui m’man? C’est pour moi? Crie Alexjandro à travers l’escalier
  • Non, tu peux continuer à cogiter. C’est Isabelle, une de mes collègues. Et non, tu ne la connais pas.
  • OK

Je me demande ce qu’elle vient faire ici. Je suppose que ça doit être important sinon elle aurait attendu demain ou elle aurait pu téléphoner. En plus, elle ne travaille pas dans le service de virologie mais dans celui des statistiques. On a sympathisé lors d’une formation interne destinée aux nouveaux employés, puis on a souvent déjeuné ensemble. Elle est venue à quelques occasions à la maison, lorsque les enfants n’étaient pas là, principalement pour parler de ses soucis de couple. Se pourrait-il qu’il y ait un problème chez elle? Elle aurait téléphoné avant de venir si c’était le cas.

  • Hello Isa! Comment vas-tu? Tu as l’air épuisée, lui dis-je en ouvrant la porte.

Les cernes sous les yeux ainsi que les traits de son visage, usuellement si lisse, ne laissent place à aucun doute.

  • J’ai connu des jours meilleurs. J’espère vraiment que je ne tombe pas mal.
  • Non, ne t’inquiète pas. Mon grand étudie dans sa chambre – enfin, c’est ce qu’il essaie de me faire croire; et sas sœur dort chez une amie. Je suis donc tout à toi.
  • Tant mieux; je n’aime pas m’imposer chez les autres.
  • Arrête de t’excuser. Allons dans le salon, nous serons plus à l’aide. Tu veux un café? Ou un thé, peut-être?
  • Du thé, c’est très bien.
  • Je t’apporte ça tout de suite.

Quelques minutes plus tard, installées tous les deux dans le sofa une tasse à la main, après les échanges d’usages, ma curiosité a pris le dessus.

  • Qu’est-ce qui ne va pas? Je sens bien que ce n’est pas ton couple qui te tracasse.

L’espace d’un instant, j’ai cru qu’elle avait changé d’avis et qu’elle allait repartir sans rien dire; puis, dans un soupir, elle a démarré son récit :

  • Je viens de passer 3 jours à vérifier et à revérifier les données de vaccination. On vérifie que tous les citoyens sont bien vaccinés contre le virus de la grippe espagnole, ainsi que les dates et lieux de vaccination. Évidemment, je devais fournir les informations par groupe ethnique, provenance, genre et âge.
  • Il me semble que tu avais déjà effectué ce type de recensement pour d’autres maladies, non?
  • Oui, mais c’est vrai. Mais dans le cas présent, j’ai, sans le vouloir, ajouté un champ dans mes requêtes : le nom du vaccin inoculé.
  • Normalement, il y a une dizaine de vaccins différents en circulation, si je ne me trompe. Chaque région du monde ayant eu ses propres fournisseurs, à savoir les grands groupes pharmaceutiques.
  • C’est le résultat auquel je me serais attendu aussi.
  • Et donc?
  • Le Vitaeservator est le seul vaccin qui a été utilisé par tous les citoyens, autochtones comme nouveaux résidents! Quels que soient leur date et pays de vaccination.
  • Tu es sûre?
  • J’ai revérifié plusieurs fois, utilisant des requêtes différentes. J’ai même consulté les archives papiers! Sur le formulaire électronique, on propose bien toute une liste de vaccin!
  • C’est étrange en effet; peut-être devrais-tu voir avec ton chef?
  • Disons que…

Elle hésite; on dirait qu’elle ne me dit pas tout…

  • Tu peux tout me dire, tu sais. Ça ne sortira pas d’ici.
  • Outre le fait que je n’étais pas censé faire de rapport sur le vaccin utilisé, j’ai utilisé le code d’accès de mon supérieur pour valider mes résultats…
  • Tu connais les identifiants de Gaspard?
  • Disons que… il est parfois tête en l’air et, quand il oublie des documents au bureau, il m’appelle et me demande de les lui apporter une version imprimée. Pour cela, j’ai besoin d’accéder à son poste et il m’a donc fourni son code.

Mon Dieu! En plus, elle a une liaison avec son chef!

  • Depuis combien de temps ça dure entre vous deux?
  • Six mois…
  • Quand les problèmes ont commencé avec ton mari…

D’un seul coup, elle éclate en sanglot… Je me rapproche alors d’elle et la console comme je peux. Amener ses histoires de cœur au boulot et le boulot dans le couple, ç n’est jamais une bonne idée…
Une dizaine de minutes et un verre de Gin plus tard, elle s’est enfin calmée.

  • Que veux-tu que je fasse?
  • Je… ne sais pas. Tu avais travaillé sur ce vaccin tout un temps, non?
  • En fait, j’y travaille toujours; on vérifie les effets secondaires à long terme du Vitaeservator et on essaie de limiter la casse.
  • Uniquement sur celui-là?
  • Que sais-tu de la grippe espagnole, Isa?
  • J’avais 13 ans quand l’épidémie s’est déclarée; j’avoue qu’à part ce qui a été dit à la TV et la campagne de vaccination de ’53, j’en sais très peu.

C’est certain qu’à 13 ans, les garçons devaient avoir une plus grande importance que la maladie. Qui plus, il n’y a quasiment pas eu de cas de grippe au Canada.
Il est donc nécessaire que je lui fasse un petit cours d’histoire.
En février ’52, plusieurs foyers de grippe sont apparus autour du globe. Le premier décès est apparu en Espagne et c’est la raison pour laquelle la presse la nommée grippe espagnole. Vu le manque de communication et de coopération entre les différentes nations, nous n’avons jamais pu trouver le patient zéro, si celui-ci existait; cependant, on a pu prouver qu’il s’agissait bien de la même souche du virus. Un labo situé au Canada, FABL, a trouvé en quelques mois, un vaccin efficace et il a été inoculé à tous les citoyens Canadiens ainsi que dans plusieurs villes dans le monde.

  • Tu dois savoir qu’il y avait une telle méfiance entre les différents États que personne ne voulait faire confiance aisément à ce vaccin.
  • Pourquoi?
  • Le fait qu’il y ait eu si peu de victime au Canada a fait naître une théorie comme quoi le virus avait été créé par FABL et que le but était de faire des profits gigantesques. Pour pallier à cette rumeur folle, FABL a donc décidé, après avoir prouvé l’efficacité du Vitaeservator, de mettre à disposition la formule gratuitement, pour le bien de l’humanité.
  • C’était bien joué de leur part.

La confiance n’étant pas totalement au rendez-vous, les autres labos ont d’abord testé la formule plusieurs mois avant de fournir ledit vaccin aux gouvernements. Finalement, ce sont ces groupes pharmaceutiques-là qui se sont enrichis.

  • Et donc, tout le monde a utilisé le même vaccin, mais sous différents noms, c’est ça? Résume Isa.
  • Techniquement, oui. Donc je comprends pourquoi le nom du vaccin dans la base de données est toujours Vitaeservator. Cependant, il est très probable que les autres groupes aient modifié la formule en fonction de critères légaux ou de coût de fabrication.
  • S’ils sont différents, ne fut-ce que pour ces raisons, on aurait dû encoder des noms différents.
  • Exact. Il y a bien un mystère la-derrière; je vais voir ce que je vais trouver mais je ne garantis pas que je trouverais quelque chose. De ton côté, regarde s’il n’y a pas eu une manipulation des données accidentelles.

La soirée étant bien avancée, elle est repartie, un peu soulagée d’avoir pu confier ses secrets. Par contre, quelque chose me dit que cette étrangeté va occuper mon esprit pendant les jours et les nuits qui viennent.

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The Postman Écrit par :

2 Comments

  1. Manue
    25 janvier 2017
    Reply

    La suite, la suite !!!

    • 25 janvier 2017
      Reply

      semaine prochaine « normalement »

Quelque chose à rajouter?