E-volution 6.0 – Chapitre 5 – Baptême du feu (1/4)

<--- Chapitre 4
23 juin 2061

Le plan avait encore changé, suite à des événements survenus en France; le NEO avait progressé jusqu’à Amsterdam, et cela malgré leurs faibles ressources technologiques. Il y avait donc maintenant trois sultanats de plus que l’année dernière, celui de la France Septentrionale, allant de Paris à Amsterdam, celui de la Suisse, là où nous devons nous rendre, et un dernier reprenant l’Autriche et le sud de l’Allemagne. Avec cette vitesse de développement, il n’est pas certain que nous puissions venir en aide au vieux continent avant plusieurs années.

Paradoxalement à cette croissance parfaitement organisée, l’empereur avait déjà été remplacé trois fois. Vu que leurs communications sont coupées, la seule explication plausible, c’est que le premier empereur était un fin stratège et que ses troupes ont reçu l’ordre de progresser quelque soient les nouvelles, et ne répondant qu’à une demande impériale extraordinaire.

Plus j’y pense, plus je suis sceptique sur les intentions des IAs. Nous n’intervenons pas car nous ne sommes pas officiellement en guerre. Nous faisons partie de ceux qui doivent soutenir la coalition, ce qui reste de l’ONU. Le pire, c’est que c’est le peuple qui a pris cette décision lors des dernières élections : notre pays doit rester pacifique.

Enfin, ils ont aussi permis que le nombre de victimes collatérales suite à nos actions augmentent de 1% en-dehors de nos frontières, et surtout, ceux qui seront abattus lorsque nous sommes en mode défensif, ne seront pas comptabilisés.
« Arrivée à destination dans 5 minutes, Commandant »

Notre nouveau plan a nécessité 3 semaines de préparations supplémentaires; les gosses en avaient encore bavé, surtout Mickaël. A sa décharge, il ne savait pas nager du tout il y a un mois de ça. Il a pris sur lui pourtant, alors qu’il aurait pu tout laisser tomber car, comme il dit si bien, ce sont mes idées tordues qui l’épuisent : les pilotes ne devront jamais se mouiller durant la mission, seuls les Remotes Humans devront faire trempette.

Mais un RH ne peut faire de mouvements que son pilote ne connait pas, et si ce dernier ne sait pas nager, alors le robot coulera. Ça a été pénible pour tout le monde, même pour nos ingénieurs qui ont dû, en un rien de temps, améliorer l’étanchéité des RH et inclure des algorithmes pour améliorer les capacités amphibies des machines.

Pour la mission, finalement, j’ai opté pour le groupe le plus minimaliste qu’il soit : Karen, Mickaël, Lili et Josy. J’ai longtemps hésité à rajouter deux autres soldats moins doués, dont l’utilité aurait été un support en combat et la surveillance lors des moments de veilles, mais un groupe aussi important aurait eu du mal à passer inaperçu. Sans oublier qu’il y aura un civil qui s’ajoutera par la suite.
Le civil en question, nous n’avons encore reçu aucune indication précise à son sujet. Il semblerait que ce soit un agent scientifique, membre de la résistance, et que nous devrons contacter et attendre à point précis. Comme si ce n’était pas déjà assez compliqué comme ça sans que l’on ne nous mette éléments perturbateurs sur notre route.

– Bon, les gars, vous êtes prêt?

Tous les jeunes, un casque sur la tête ont abaissés leur visière et ont répondu tous en cœur un « Chef, oui Chef » digne d’un des nombreux films que je les ai fait visionner ces derniers temps.

– Accostage dans 5 … 4 … 3 … 2 … 1…

Karen et Josy débarquèrent les premiers en jetant les rames sur le sable.

– Bienvenue en France!

Amener les RH là-bas n’avait pas été si aisé, surtout qu’il était hors de question de faire appel aux forces de la coalition, les États-Unis n’étant pas du tout d’Accord avec notre mission et notre technologie avancée aurait pu être détournée par ces « alliés ». Nous avons donc déposé, en pleine nuit, les RH et quelques ingénieurs sur un voilier situé à 200 miles au large des côtes françaises, puis une fois rapproché des terres, le canot de sauvetage a été mis à la mer pour emmener les robots dans la Baie de l’Aiguillon.

– Je vous rappelle les règles…
– Non c’est bon, on les connait! Dit Karen, me coupant la parole, toujours aussi effrontée.

Karen a enchaîné :

– D’abord on cache le canot…

Puis Lili a continué :

– Ensuite je place le répétiteur de signal au sommet d’un arbre…

Le répétiteur était le point le plus important : il s’agissait d’un petit boitier pas plus gros qu’une pomme permettant l’acheminement de la communication entre les pilotes et leur RH. En temps normal, un satellite aurait suffi à relayer les signaux, mais avec l’explosion des bombes électromagnétiques, toute transmission était perturbée et certains satellites ne répondaient plus correctement aux commandes. Les balises sont quasiment intraçables, sans équipement adéquats et sans savoir ce que l’on cherche exactement, néanmoins leur portée varie de 100 à 150 km et, pour un meilleur signal, on doit les placer en hauteur. Les spécialistes télécom avaient mis en place tout un système de relai « redondant » permettant d’acheminer la communication jusque sur la côte française, mais à l’intérieur des terres, cela devenait plus compliqué.

Il est convenu que nous effectuerons tous nos déplacements de nuit, entre 23h et 6h du matin. Les RH se rechargeront à la lumière du jour et sont, de toute façon, munis de batteries d’une durée de 20 jours, nous donnant ainsi une marche de manœuvre de 3 jours par rapport à ce qui est prévu pour l’opération.

– Il n’y pas d’arbre!
– C’est quoi cette embrouille? On ne peut même pas cacher le canot derrière un buisson!
– Bienvenue dans le monde réel, les jeunes! Ai-je ajouté sur un ton sarcastique. Les services de renseignements ne sont pas optimaux, je vous l’avais pourtant répété, non?
– Vous auriez pu choisir un endroit plus boisé tout de même!

Ces gamins ont l’art de râler pour un rien! Faudrait bientôt que les pommes tombent directement dans leurs mains et épluchées par-dessus tout!

– D’après nos sources, il y a un petit débarcadère 200m au nord; même si il n’est plus là, il un canot qui traîne ne devrait pas y attirer l’attention. Au boulot!

Cinq minutes plus tard, l’embarcation était abandonnée avec d’autres épaves.

– Chef, il y a une maison délabrée un peu plus loin, le toit me semble assez haut pour y mettre l’émetteur.
– OK vas-y Lili. Mick et Josy, sécurisez les lieux. Karen, pars en avant près du fleuve.

Au moins, même si ils sont nerveux, ils restent tout aussi efficaces.
Dix minutes plus tard, l’émetteur est en place sur le toit de la maison, bien coincé entre deux tuiles.

– Votre fleuve, c’est surfait…
– Pas de commentaire, svp! On reste aux aguets!

Dans un sens, j’enviais leur euphorie et leur insouciance. Pour eux, cela peut s’apparenter à un jeu… sauf qu’il y avait des vies en jeu. Et quand ils devront faire feu, il faudra gérer leur mental pour ne pas qu’ils décrochent.

J’avais explicitement demandé à ce que l’on nous trouve un local adéquat, au calme, et sans une armée d’officiers dans les pieds. Les ingénieurs ont donc été installés dans une pièce à part, ainsi que les autres officiers de liaisons. Une ambiance propice pour le travail d’équipe en fait. De même, cinq couchettes, une mini-cuisine et une salle de douche avaient été aménagées dans le bâtiment. Quoi qu’il advienne, ils devaient se trouver en moins de 20 secondes de leur station de guidage.

– Vous allez suivre le fleuve sur environ 5km jusqu’à une écluse. D’après nos indications, vous éviterez ainsi le un petit village sur votre droite.

Toutes les demi-heures, je leur ai donnés de nouvelles indications afin qu’ils évitent le plus de villages possibles. L’itinéraire consiste principalement à rester le plus longtemps possible à couvert, contournant autant des hameaux que des fermes isolées. Vers 5h30, alors que le soleil commençait à paraître, nous avons atteints notre premier check-point : la réserve biologique intégrale de la Sylve d’Argenson. Un endroit suffisamment boisé pour être à l’abri même en pleine journée.

– Qui prend le premier tour de garde? A demandé Lili
– Je ne suis pas trop fatiguée, je commence donc, dit Karen.
– Ceux qui se reposent, n’oubliez pas d’activer vos capteurs de proximité. Vous avez fait du bon boulot.

Pour cette dernière phrase, j’ai dû me forcer. Il faut l’avouer, les cours de pédagogie que j’ai reçus ici semblent porter leurs fruits, je suis maintenance capable d’encourager une équipe.

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The Postman Écrit par :

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