E-volution 6.0 – Chapitre 4 – Préparatifs (3/4)

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  • Bonjour Éléonore! Félicitations pour ta nouvelle affectation!
  • Hello Dominique! Merci… mais comment es-tu déjà au courant? Je ne l’ai appris que hier soir!
  • On te l’a déjà dit mille fois pourtant: Québec, c’est comme un petit village. La nouvelle a déjà eu le temps de faire trois fois le tour des bureaux!
  • Je ne m’y ferais jamais! Dis-je sur un ton plein d’ironie.
  • Qu’est-ce que tu fais ce soir? On pourrait aller fêter ça, non?

J’aime bien Dominique, mais la dernière fois que l’on a  fait la fête, j’ai eu la gueule de bois pendant 2 jours. Le pire, c’est qu’elle, elle était déjà fraîche dès le lendemain matin.  

  • Si on mettait ça à vendredi prochain? De nouvelles fonctions m’attendent et les élections sont pour mercredi.
  • C’est toi qui voit. Ne bosse pas trop cette fin de semaine!
  • Non bien sûr! Je dois filer, j’ai une réunion avec Matthieu et Charles.
  • Oh… Have fun! dit-elle en quittant mon bureau.

Son expression avait été on ne peut plus clair: elle n’aurait, sous aucun prétexte, voulu être à ma place. Déjà elle ne supporte pas le “tyrannique” Matthieu – surtout depuis qu’il avait refusé ses avances. Quant à Charles, chaque fois qu’elle le croise, il lui donne un peu plus de boulot.   

N’empêche que ces trois derniers mois furent éprouvant. La société est tellement aux antipodes de ce que je connais. Autant j’aime les défis, autant tout ces changements me donnent le vertige.

L’arrivée à Québec fut assez similaire à l’arrivée au Canada: Tout est fait pour vous éviter de stresser avec des futilités. Un logement temporaire était fourni. Le frigo était rempli. un plan du quartier, avec des informations sur les commerces, se trouvait sur la table. Et plus important encore, un “passe” bancaire nous avait été donné. A cela, on rajoute qu’un chargé d’accueil s’occupait personnellement de nous pendant deux jours. Bref tout était fait pour que l’on se concentre sur l’essentiel: s’intégrer dans le milieu du travail sans se soucier du reste.

La négociation salariale avait été un premier bouleversement. En Belgique, on en négociait que son salaire et on grattait quelques avantages sociaux usuels, un véhicule de fonction ou encore un téléphone. Ici, tout cela ne semblait avoir aucun sens. On fixe d’abord le nombre d’années que l’on souhaite travailler chez l’employeur. En échange de cela, ce dernier nous permet d’acquérir le type de logement, les adaptations nécessaires à notre style de vie et un salaire. La rémunération n’était vraiment pas terrible, mais quand on prend en compte que l’on ne doit presque rien débourser pour vivre, je me suis vite aperçue que je n’arriverais jamais à tout dépenser.

J’avais opté pour une maison de style chalet avec vue sur un lac. J’avais pu choisir tout l’électroménager et les meubles. En fonction de ce que je choisissais, la partie cash de mon salaire changeait. Certains électroniques pouvaient même être choisis avec une option de durée d’utilisation. Et donc dans 5 ans, mon ordinateur, mon écran de télévision et plein d’autres gadgets seraient automatiquement remplacés par du nouvel équipement. Autre fait important, le chalet m’appartient! L’hypothèque est remboursée par la compagnie qui m’engage, d’où l’importance de la durée du contrat que l’on signe. J’avais appris quelques semaines plus tard que si je changeais d’employeur avant la date décidée à l’origine, il y aurait aussi transfert de l’hypothèque.

Un autre grand changement par rapport à mon pays d’origine, c’est le rythme de vie. Là où je passais plusieurs heures par jour dans les transports, une navette de l’entreprise passe me chercher tous les jours et m’y ramène; et cela, quelque soit le moment de la journée. Là où les employeurs mettaient la pression et accentuaient le stress par peur de manque à gagner , il règne ici une ambiance poussant à l’épanouissement. Personne ne vous surveille car le principe de base ici, c’est la confiance.

Un dernier point qui m’a choqué par contre, c’est le choix post-carrière. On peut s’arrêter de travailler, prendre sa retraite en fait, quand on le désire. Cependant, selon notre manière de cotiser, le retraité peut choisir combien de temps il souhaite encore vivre par la suite. Une majorité a donc décidé de vivre à la charge de la société pendant 5 ans, ce qui signifie qu’à part quelques frais bien précis, ils n’ont plus rien à débourser durant cette période, que ce soit pour des soins, des vacances ou pour la nourriture. À la fin de ces 5 années, une cérémonie a lieu et l’on procède à l’euthanasie de la personne, ses biens étant transférés selon sa volonté à ses héritiers et une rente est versée durant 5 autres années à la personne de son choix.

L’autre alternative est plus classique: tout ce qui a été cotisé par la personne est versée en une fois lorsqu’il décide d’arrêter de travailler, et il doit se débrouiller avec cette somme d’argent. Quand la personne décède, on exécute un testament classique. Cette option est surtout utilisée par les gens de la haute société qui n’ont pas trop à se soucier des besoins matériels.

Heureusement que le travail, lui, n’est pas aussi différent de ce que j’avais l’habitude de faire. Du moins jusque hier soir. Être nommée “responsable des changements législatifs” semble être un grand honneur dans le département; par contre, je ne sais strictement rien de ce boulot. J’espère en apprendre un peu plus d’ici quelques heures.

Trois personnes m’attendaient dans la salle de réunion: Matthieu, Charles et une dame que je n’avais jamais vue auparavant. Malgré son apparente quarantaine, sa tenue laissait paraître une personne excentrique toujours dans la phase rockeuse punk post-adolescence. Elle avait un dossier en main de plusieurs centaines de pages qu’elle parcourait attentivement quand je suis entrée dans la pièce.

  • Bonjour El, tu ne connais pas encore Geneviève, je pense?
  • Non, en effet; enchanté de te rencontrer!

Marmonnant ce qui semblait être un bonjour, elle se replongea dans sa lecture.

Charles a vite rajouté, devant ma mine interrogative:

  • Geneviève est l’actuelle responsable des changements législatifs. Elle te briffera de lundi à mercredi sur ce que tu dois savoir pour ta nouvelle affectation, du côté technique, je veux dire.

L’intéressée a relevé la tête:

  • Ma présence à cette réunion n’apportera rien de plus. J’ai encore du travail à finir. Éléonore, je te vois lundi à mon bureau.

Et elle est partie…

  • Aurais-je commis un impaire?
  • Non, ne te formalise pas trop. Gen’ a toujours eu ce caractère. Les bavardages et les réunions, ce n’est pas du tout sa tasse de thé. Pire encore lorsqu’elle a du boulot.

Les explications de Charles ne sont pas très satisfaisantes à mon goût, mais autant les accepter sans rien ajouter et commencer cette fameuse réunion.

C’est Matthieu qui pris la parole en premier.

  • Dis-moi, El, qu’est-ce que tu sais des élections et des votes législatifs? Je crois savoir que tu n’as pas encore vécu de période électorale, je me trompe?

Heureusement, j’avais révisé un peu la veille, histoire de ne pas me présenter sans armes face à Matthieu.

  • D’après ce que je sais, il ne s’agit pas vraiment d’élection mais d’un genre de consultation populaire, portant sur les voies que les citoyens aimeraient voir suivre par le Pays.

Avant que Matt m’interrompre, Charles lui coupa l’herbe sous le pied

  • C’est très simplifié mais c’est à peu près ça. Tu peux me fournir un peu plus de détails?

Sur les encouragements de Charles, j’ai donc repris:

  • Il y a trois éléments qui constituent l’élection: Le choix des projets législatifs, lesquels sont proposés par des Maîtres politiciens (ce titre est décidément  un peu trop pompeux à mon goût). Ces projets concernent directement des mesures à prendre par le gouvernement, que ce soit au niveau sociétal, international ou même environnemental.

Matthieu prit quelques notes mais ne fit aucune remarque.

  • La seconde partie consiste plus à l’évaluation du fonctionnement actuel de l’état et de permettre au citoyen de déterminer comment le gouvernement doit répartir ces efforts futurs et surtout comment les ressources financières et humaines doivent être affectées.
  • Mouais… On y reviendra…

Je suis assez contente que Charles soit là, car je sens que Matt’ monterait au front à chacune de mes demi-phrases…  

  • Le dernier point est vraiment ce que l’on peut nommer une élection, puisque l’on choisit les membres du conseil municipal, vu que celui-ci ne dépend pas directement du gouvernement.
  • Dans les grandes lignes, c’est assez bien résumé. Charles ajouta même un clin d’oeil à sa remarque.
  • Cependant c’est assez limité…

Et Matthieu se mit donc à compléter toutes les lacunes de mon petit résumé, et surtout les m’expliquer ce que l’on allait attendre de moi…

D’abord, selon les projets qui seront choisis par le peuple, il se pourrait que des ajustements dans le programme des IAs soient nécessaires, voire même qu’une nouvelle IA naisse. Le point important qui m’avait échappé dans mes lectures nocturnes, c’est que les Maîtres était rémunérés si leur projet était choisi, cela au moment de la sélection mais aussi tout au long de l’utilisation du projet et de son appréciation par les citoyens. Il faudrait donc mettre en place des mesures lié à l’appréciation du projet.  De même, lors du cote, il se peut que l’on décide d’arrêter un projet précédent. Heureusement que j’aurais une équipe d’informaticiens pour gérer certaines parties.

Pour ce qui est de l’évaluation du gouvernement, un point important concerne la modification de valeurs clés prédéfinies dans les IAs. Ce sont des paramètres que l’IA elle-même ne peut adapter et qui doit donc être encodée manuellement par un humain, et pas n’importe qui: le responsable des changements législatifs, c’est à dire moi!

Comme exemple de modification, que l’on pourrait considérer comme inscrite dans la constitution, il y a entre autre le taux de mortalité accepté avant de placer une communauté en quarantaine lors d’une épidémie; ou encore le fait que la vie d’un citoyen Canadien vaut plus que celle d’un étranger – et de combien! Le moindre changement dans ces valeurs remet en cause toute les décisions que peut prendre une IA!

Les autres changement, liés à l’appréciation du gouvernement par le citoyen, sont assez simples à mettre en oeuvre. Si il est décidé que l’axe sur la recherche médicale doit devenir prioritaire, mon rôle consistera à autoriser l’IA à s’automodifier – de manière adéquate.

Quant au conseil communal, il s’agit de valider les noms et les titres des nouveaux conseillers. Le reste, c’est Jonathan, l’IA du ministère inter-municipal qui va gérer. Au départ, je ne comprenais pas pourquoi ce n’était pas une IA qui gérait toutes les municipalités directement. L’explication est surtout sociologique: Le citoyen aime s’impliquer dans sa municipalité et donc a besoin d’être proche de ses gouvernants. Par contre, au niveau du pays, son attachement à la chose publique nationale est de moindre importance. A cela, on rajoute que, pour motiver ses troupes, on aime avoir une certaine compétitivité entre les différentes villes.

Après trois bonnes heures de réunion, j’avais donc de quoi cogiter sur les nombreuses questions que j’aurais à poser à Geneviève dès lundi.

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The Postman Écrit par :

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