E-volution 6.0 – chapitre 4 – Préparatifs (2/4)

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  • Le Président va vous recevoir dans quelques instants. Désirez-vous boire quelque chose en attendant?
  • Merci. Un verre d’eau suffira.

La Maison Blanche n’avait pas changé ces dernières années. Je doute même qu’à part des rénovations mineures, quelque chose ait pu être modifié depuis 2019, quand un attentat avait endommagé l’aile ouest.

Dehors la pluie bat son plein, et ça depuis presqu’une semaine. Étrangement, cela faisait peur aux gens. Les experts répétaient depuis plusieurs semaines que les États-Unis ne seraient pas touchés par des pluies acides, mais la crainte subsistait. On a toujours bien vécu ici même en temps de guerre. Par contre, une simple perturbation atmosphériques et c’est comme si Dieu punissait le peuple avec le déluge.

Quoi qu’il en soit la guerre est présente dans les tous et pourtant personne ne parait en souffrir. Au contraire, l’économie est toujours aussi florissante. La production ne cesse de croître, principalement dans le commerce de la mort. Qui plus est, les mexicains coûtent moins chers que les américains qui eux-mêmes sont moins onéreux que les robots. Il y a 20 ans de cela, avant que la Chine ne se rebelle et rejoigne le NEO, on importait à bas prix toute la machinerie.

Aujourd’hui, les coûts de fabrication d’une telle technologie en territoire allié, y compris au Brésil, est beaucoup trop élevé. Donc on créée un cycle qui n’est pas encore rentable : les humains fabriquent des robots qui les remplaceront dans la chaine de production dans le long terme. Depuis les années ’20, ils sont présents sur le marché; on avait même craint qu’ils ne remplacent complétement les travailleurs.

Pendant 15 ans, les robots fabriqués en Asie inondaient le marché. La qualité était assez bonne, le retour sur investissement moins impressionnant que prévu. Et, alors que leur prix de fabrication est devenu abordable, plusieurs failles de sécurité ont été découvertes. Et des hackers en avaient tiré profit. Ainsi que des experts de ce qui deviendra plus tard le Nouvel Empire Ottoman. Il n’a pas fallu plus d’une centaine de morts pour pousser le secteur de la robotique vers la faillite.

La bulle venait d’éclater; il fallait faire revérifier tous les robots et colmater les failles de sécurité. Les entreprises avaient adapté les protocoles mais, rien que le rappel avait été estimé à plusieurs dizaines de milliards à chacun des manufacturiers. Les marges étaient trop faibles. Ujour, un robot piraté a coulé un super-tanker. Le bilan humain n’avait été que de deux morts. Au niveau environnemental, le Golfe du Mexique était devenu une ruine. Le procès qui avait suivi avait fait office de jurisprudence et les primes d’assurance liées aux robots avaient été décuplées. Les prix avaient donc grimpé de nouveau et l’ouvrier était revenu à l’usine.

Quand le coût a de nouveau baissé, la révolte chinoise était à son apogée. Le Parti n’avait pas su s’adapter et la Chine avait été démantelée puis ressoudée trois ans plus tard grâce à l’adoption de la Charia. Un mouvement anti-américain et anti-chrétien progressait. Il n’était alors plus question pour les Américains de faire confiance aux produits importés d’Orient. Et ils avaient eu raison. Plusieurs mois plus tard, des batteries Made In China sont devenues instables et des véhicules ont commencé à exploser dans tout le pays.  Des denrées alimentaires avaient été empoisonnées à la source. On avait aussi trouvé des traces de composants chimiques néfastes dans le tissu de T-shirts. Au bilan, tout cela avait servi la vague Tea Party ainsi que les noyaux ultra-conservateurs républicains.

La voie aigue, trop aigue, de la secrétaire s’est fait entendre dans le calme de la salle d’attente.

  • Ambassadeur Coffey. Vous pouvez entrer.

Nous y voici! C’est la deuxième fois que je rentre dans le bureau ovale. La dernière fois, c’était il y a 5 ans et l’homme considéré comme le plus puissant du monde était le même qu’aujourd’hui. Il n’avait pas trop changé. Des rides et des kilos en plus, rien de bien significatif.

Étant donné que la situation entre nos deux pays s’était détériorée ces dernières années, il allait falloir respecter l’étiquette. Même si nous avions passés plusieurs week-ends à jouer au golf et à chasser vingt ans plus tôt, Christopher n’avait pas digéré la pseudo-inaction du Canada dans les derniers conflits. Et encore moins notre nouveau modèle de gouvernement.

  • Bonjour Monsieur le Président. Je vous remercie de …
  • Pas de « Monsieur » entre nous, Paul. M’a-t-il coupé tout en m’adressant un large sourire.

Étrange. Le ton sympathique qu’il venait de prendre n’annonçait rien de bon. La dernière fois que cette voix enjouée avait été entendue, c’avait été pour humilier son opposant lors la course électorale pour le renouvellement de son mandat. Mais ici, il n’y a pas de public, à moins que…

  • Bonjour Christopher. Comment vas-tu?

Il faut que je reste concentré sinon on va droit dans le mur. Et je dois sortir avec un pré-accord.

  • Très bien! Installe-toi, voyons!

On s’est donc assis tous deux dans le petit salon, après avoir qu’il nous ait servi un verre de Bourbon pour chacun. La conversation a démarré de manière on ne peut plus conviviale, me demandant des nouvelles de la famille, de nos santés respectives et d’autres sujets d’usage.

Christopher a toujours été très doué pour installer la confiance. Après dix petites minutes de bavardage en tout genre, il est temps qu’on entame le sujet principal qui m’a amené ici. Là encore, c’est lui qui me prit de vitesse et demanda :

  • Enfin, je suppose que tu n’as pas convoqué cette rencontre pour discuter que du bon temps. Si nous en venions donc au but de ta visite.
  • C’est une mission économique qui m’amène. Tu sais que nous avons beaucoup investis dans votre dette, n’est-ce pas?

Son visage s’est subitement fermé.

  • Bien entendu! Le Canada possède presqu’un quart de notre dette. Mais l’échéance du prêt qui nous avait été accordé ainsi que la révision des taux n’est pas prévue avant le semestre prochain. Tu ne comptes tout de même pas venir me tracasser avec de telles futilités?

Voilà donc ce que lui et ses conseillers se sont donc imaginés. Venir réclamer l’argent dû.

  • Oui et non. Nous parlons d’un peu plus de 7000 milliards de dollars. Nous ne pouvons pas repousser les discussions jusqu’à la veille de l’échéance.
  • Ce n’est pas vraiment le moment pourtant! Notre priorité, c’est de nous occuper du NEO. Vu que vous ne nous aidez pas, ça nous demande beaucoup d’investissements pour les faire reculer.
  • Mais nous participons, différemment.
  • Oh oui! Des vivres, de l’aide humanitaire, la sauvegarde du patrimoine culturel mondial… Ce n’est pas ça qui fera gagner notre cause et qui repoussera l’envahisseur.

Envolé son enthousiasme initial. Qui plus est, son argumentaire est prêt. Quand il s’agit de payer ses dettes, les excuses sont nombreuses. Et surtout, on noie le poisson avec d’autres sujets.

  • J’en conviens. Mais nous permettons ainsi à la population de survivre.

Respire. Calme le jeu…

  • Christopher, nous avons une proposition…
  • « nous », tu veux dire par là « Tes machines »…

Et c’est reparti… Il va falloir encore et toujours entendre sa litanie sur les « idoles » que nous avons créées, que nous vénérons et à qui nous avons confié notre pays. De là, on reparlera de la Bible, de la nécessité d’avoir un gouvernement humain. Sur ce je devrais défendre notre point de vue, à savoir que nous avons maintenant un gouvernement 100% intègre, qui ne soucie que de ses citoyens, qui ne visent pas des réélections, qui n’est pas soumis aux lobbys et dont les coûts de fonctionnement sont proches de zéro.

Donc je n’ai pas d’autre choix que de l’interrompre…

  • Notre proposition vise l’annulation de votre dette.

Silence. Un silence dû au choc d’une telle annonce d’abord. Ensuite un silence calculateur, là où les chiffres se bousculent dans sa tête. Des dollars, mais aussi des votes. C’est certain, une telle proposition et son mandat présidentiel pourrait être renouvelé.

  • Et que demandez-vous en échange?
  • L’Alaska.

Encore du silence. Je dois avouer que lorsque les IAs Catherine et Victor m’avaient annoncé leur projet, il m’avait fallu plusieurs jours pour faire la liste de tout ce que cela impliquait. Enfin, les IAs ayant plusieurs longueurs d’avance sur moi, je n’avais pas été étonné de recevoir un dossier plus complet. Toutes mes interrogatives y trouvaient réponse. Et tous les arguments adverses avaient trouvé une contrepartie.

  • Et pour quelles raisons voudriez-vous nous achetés l’Alaska?
  • Nous devons accueillir des migrants et, même si la place ne manque pas, nous voulons aussi optimiser l’utilisation des ressources naturelles et alimentaires pour chacune de nos villes.
  • Je peux comprendre l’immigration, mais pour ce qui en est des ressources, la raison ne me semble pas très limpide.
  • Comme toute formule mathématique. Pour chaque ville, nous avons besoin d’une certaine quantité de nourriture, électricité, eau et j’en passe. Qui plus est, ces éléments doivent être renouvelables. Ceci implique que l’on doit tenir compte de variables liés aux cheptels, à l’agriculture, au ruissellement, au climat. Bref, nous pouvons vous fournir ces calculs si vous le souhaitez.

Il les demandera, ne les lira pas. Mais toute une série d’expert en tout genre devront se pencher dessus. La chambre et le sénat les voudront aussi. Mais lui, il y voit juste l’opportunité de se faire réélire.

  • Vous m’enverrez ça. Qu’en sera-t-il des citoyens Américains? Des entreprises? Des biens appartenant à l’État?
  • D’après vos données officielles, il ne reste plus que 250000 habitants dans les territoires du Nord. Ceux-ci pourront bien évidemment rester et devenir des citoyens canadiens. Ou, s’ils le désirent, nous organiserons leur départ. Pour les entreprises, nous travaillerons au cas par cas : rachetant les actifs pour certaines ou négociant fiscalité avec d’autres. Quant aux biens des États-Unis, ils font partie du territoire et inclus dans la suppression de la dette.
  • Et la production de pétrole?
  • Voyons, tu sais bien qu’on n’exploite plus le pétrole sur les plateformes du Nord depuis plusieurs années. Depuis la grippe, l’offre est de loin supérieure à la demande et la plupart des groupes pétrolifères ont arrêté l’exploitation dans cette zone.
  • N’empêche que ce n’est peut-être que temporaire. Ce qui signifie que nous pourrions dans le futur en tirer de nouveau profit.
  • Avec les alternatives existantes? En tenant compte du montant déboursé en 1867 pour l’achat de ce territoire, en tenant compte aussi du PIB cumulé actualisé jusqu’à ce jour, sachant que l’état n’est plus bénéficiaire depuis presque 10 ans, l’offre que nous vous faisons couvre largement un siècle de production à plein rendement.
  • Concernant les bases militaires, qu’est-ce qui est prévu?

Bases militaires, c’est un grand mot. A peine une garnison dans chacune des 3 bases situées dans le nord. Par contre, les silos de missiles, c’est une autre histoire. Plusieurs sites de lancement dits « secrets » pointent leurs têtes vers les pays d’Asie et vers la Russie. Ils ne voudront certainement pas avouer leur existence et encore moins nous permettre de les démanteler. Le sujet peut bien attendre. L’idéal étant que les contre-propositions viennent d’eux.

  • Nous sommes ouverts à la négociation. Loin de moi d’attendre une décision finale aujourd’hui. Nous vous laissons tout le temps nécessaire pour évaluer notre proposition et je serais tout disposé à répondre à toutes les questions que vos institutions se poseraient.

Le reste ne fut qu’un échange de banalité. Le message était passé et leur réponse, qui sera certainement positive au vu de nos arguments, arrivera dans les mois qui viennent. Convaincre les ultra-nationalistes de l’Alaska sera son plus grand défi.

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The Postman Écrit par :

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