E-volution 6.0 – Chapitre 4 – Préparatifs (1/4)

<– (Chapitre 3) – ndlr: Contrairement aux chapitres précédents, il n’y a pas eu de relecture par d’autres personnes avant la publication. Si vous voyez des fautes, n’hésitez pas à m’avertir.

Territoire du Nord-Est, mardi 31 mai 2061

Mais qu’est-ce que je fous ici? Le nombre de morts en Europe ne cesse de grimper et moi je passe mes journées à former des gamers! Des ados boutonneux à peine sortis de l’école qui ne savent faire qu’une chose : jouer!

Oui, l’armée américaine recrutait les pilotes de drones lors des rassemblements de joueur. Oui, les Colombiens entraînaient ses guérilleros dans des camps de paintball. Les Russes en faisaient autant. Même si ça reste mieux que de s’entrainer sur cibles réelles comme les armées de gosses du NEO, ce ne sont que des enfants!

Tout ce qui les intéresse, c’est le côté ludique de l’apprentissage. Tuer un avatar n’est pas tué un homme. La déconnexion d’un ami n’est pas non plus la perte d’un camarade. Psychologiquement, ils ne sont pas assez préparés à la mort.

Je me souviendrais toujours de ce regard bleu d’incompréhension lorsque le soldat russe s’est écroulé devant moi. Il ne comprenait pas ce qui lui était arrivé. Et moi? Oui, je venais de lui tirer trois balles en pleine poitrine et à bout portant. Il était jeune, il avait encore toute la vie devant lui. Avait-il une femme? Avait-il des enfants? Si c’était le cas, ils n’avaient pas dû connaître leur père bien longtemps avant que celui-ci ne soit envoyé au front. Une chose était certaine pour eux s’ils existaient : ils ne le reverraient plus. Je les avais privés de son existence, de leur futur commun. Et tout ça sans aucun honneur!

Nous devions prendre position sur le toit d’un immeuble. Celui-ci venait d’être sécurisé, enfin, c’est que le message radio avait dit. Seulement ils n’avaient pas bien fouillés les 3 étages. Ils n’ont pas vérifié chacune de pièces. Ils avaient trop hâte d’arriver au sommet. Si un combat aurait dû avoir lieu, celui-ci aurait été frontal, les Russes empêchant nos hommes d’entrer.

On m’avait ordonné de prendre position au dernier étage et de surveiller la route. Rien de bien compliqué. Sauf que lorsque j’étais arrivé dans la pièce, un soldat sortait de la salle de bain, un UZI en bandoulière. Je n’avais pas hésité, j’avais dégainé et tiré. Trois fois. J’aurais pu juste lui demander de jeter son arme, j’aurais pu aussi le maîtriser… j’aurais pu faire un tas de chose… mais je l’avais abattu. Il n’avait même pas fini de fermer sa braguette. La sécurisation des lieux s’était faite si silencieusement qu’il n’avait rien entendu. Il ne s’attendait pas à trouver quelqu’un dans le salon à la sortie des toilettes. Peut-être n’aurait-il même pas tiré? Peut-être se serait-il simplement rendu. Mais j’avais été conditionné. En temps de guerre, c’est l’ennemi ou vous. Réfléchir plus d’une seconde signifiait la mort. Et ça avait été la sienne.

Et aujourd’hui, c’est à mon tour de programmer ces soldats. A part que ceux-ci n’iraient jamais sur le champ de bataille. Ils feront la guerre, oui, mais grâce à la technologie, ils la feront à distance.

Le principe est assez simple : un casque sur la tête, assis dans un fauteuil, ils pourront contrôler un robot à distance. Aucun risque de se prendre une balle perdue, aucun risque non plus de perdre la vie en marchant sur une mine. La machine est un combiné de pure technologie. Même dimension qu’un homme, mêmes habilités, beaucoup plus résistant et mieux équipé pour la guerre. Mais le sacro-saint principe de l’autonomie s’appliquait aussi.

Les IAs du gouvernement ne peuvent pas agir sur la robotique et les sciences. Aucune décision qu’ils prennent ne peut mettre en danger sciemment un être humain. Donc, envoyer des soldats pour faire la guerre est exclu. Ils ne peuvent pas tuer. Les robots non plus. Les robots autonomes et évolutifs ne sont pas autorisés ici, contrairement au Japon et aux USA. Les robots tueurs, eux, ne sont autorisés qu’au pays de l’oncle Sam.

Cela aurait nettement plus simple d’héliporter des robots derrière les zones ennemies et de les laisser faire un carnage. Évidemment une machine, aussi sophistiquée soit-elle ne pourra jamais faire la distinction entre un meurtrier et un innocent. Déjà que, même pour nous, cela n’est pas aisé. Oh il pourrait certainement détecter très rapidement les émotions d’une personne. Sueur, regard, pulsations cardiaques, tout autant de capteurs physiologiques permettant de catégoriser un individu. Mais non, l’aspect humain devait être pris en compte et seul un humain avait le droit de décider du sort d’un autre.

Contrairement à un soldat sur le terrain qui n’avait qu’une fraction de seconde pour décider de la vie d’autrui, la robustesse des Remote Humans permettra de prendre une décision plus réfléchie, sans se soucier de mourir.

Il y a trois mois, lorsque l’on m’avait donné comme mission de former un groupe d’intervention, je pensais simplement à avoir à entraîner des soldats aguerris dans des situations bien particulières : gestion de prise d’otages, sécurisations de transport, siège de bâtiment… Les cas classiques. J’avais vite déchanté. A part l’un ou l’autre gaillard, aucun d’entre eux n’avait participé à un combat. Pire, la plupart sortaient de l’école et n’avaient même pas le physique de l’emploi.

Mon coup de gueule au QG avait fait parler de lui au point que Joachim et Jimmy avaient dû intervenir. Discuter plus de 30 minutes avec des êtres intelligents immatériels avaient été une expérience très perturbante. Ça avait cependant été aussi une source d’enrichissement indescriptible; ce paradoxe est tout autant frustrant!

Ils m’avaient convaincu que c’était la meilleure solution. Mais ayant fait part de mes griefs, ils m’avaient aussi entendu : J’avais carte blanche avec ces galopins.

Ces gosses allaient d’abord subir un entraînement militaire classique. Hors de question pour eux de se la couler douce et de rester cloîtrer un casque sur la tête. Il fallait qu’ils comprennent que, même s’ils ne seraient pas physiquement sur zone de combat, ils allaient tout de même agir comme tel. Pendant près de quatre semaines, ils n’ont pas eu accès à l’environnement de simulation. En fait, ils n’ont eu accès à rien. Un camp avait été installé dans le Yukon, à 200km au nord-est de Whitehorse. Le terrain était parfait pour se remettre en forme : des montagnes, des lacs, des forêts, des rivières et des espaces à découvert. En cette période de l’année, l’hiver était encore présent et les températures proche de zéro. Il fallait qu’ils s’endurcissent, qu’ils comprennent comment on devient invisible quel que soit l’environnement. Quand ils seront dématérialisés sur le terrain, ils devront avoir des cycles de sommeil assez chaotiques. Ils devront être silencieux, capables de surprendre leurs adversaires dans toutes les situations.

Qui plus est, ils devaient savoir se servir d’une arme blanche. Leur robot possède des systèmes de visée automatique. Apprendre à se servir de mitrailleuses, de lance-roquettes ou de simples fusils d’assaut ne leur servirait à rien. Cependant j’avais insisté pour qu’ils s’essaient avec des armes factices dont les poids avaient été respectés. La connaissance de l’encombrement d’un paquetage et donc la maîtrise de l’espace sont primordiaux sur le terrain. Maintenant ils savaient ce que cela faisait de ramper dans la boue et d’escalader une falaise.

Le noyau dur du groupe, c’était Josy, Karen, Michaël et Lisbeth que tout le monde appelle Lili. J’avais quelques préjugés au départ : D’abord la mixité avait tendance à créer des couples et surtout générer de la jalousie. Ce n’était un secret pour personne que Karen et Josy étaient entichés l’un de l’autre. Étrangement, cela n’était pas devenu un sujet de dissension et, au contraire, on aurait qu’ils étaient adulés et respectés par l’ensemble du peloton. C’est Lisbeth qui m’avait mis au parfum : ils s’étaient rencontrés dans le passé dans un monde virtuel d’heroic fantasy et étaient déjà à l’époque les chefs charismatiques d’une ville de plusieurs milliers d’habitants joueurs. J’avoue avoir eu du mal avec le concept, mais comment l’entièreté du peloton leur obéissait, il ne pouvait s’agir d’une coïncidence : leur autorité virtuelle avait débordé sur le réel.

L’autre problème que je n’avais finalement pas rencontré, c’était le manque de condition physique de certains. L’embonpoint de Michaël et, à l’inverse, la fragilité de Lili. Aucun des deux ne devait faire de sport de manière régulière. S’ils étaient sportifs, ça devait être de manière virtuel. Quoi qu’il en soit, je m’étais fourvoyé sur toute la ligne. Jamais ils ne s’étaient plaints et ils avaient toujours étaient dans les premiers à finir les exercices. Michaël s’était affiné bien que sa spécialité était la neutralisation de cible à longue distance. Un sniper comme on en trouve peu. À 500m, il faisait mouche à tous les coups. À 1000m, selon les conditions météo, il ne ratait presque jamais sa cible. Avec le système de correction embarqué dans les robots, je suis certain que des cibles à 1500m auront du mal à survivre. Même si Josy était bon au corps à corps, il n’avait jamais pu battre Lili. Pourtant, j’étais sûr que c’était la première fois qu’elle pratiquait réellement des arts martiaux. J’en suis d’ailleurs toujours convaincu! Les différents styles qu’elle applique, elle les apprit dans des jeux. Il faut dire qu’avec les casques virtuels, nous n’étions plus à l’époque des consoles de jeu où le combat se limitait à appuyer sur des touches d’une manette. L’immersion dans le virtuel, c’était aussi une totale symbiose entre le personnage joué et l’esprit du joueur. Si l’on voulait porter un uppercut à un ennemi dans un jeu, il fallait que le cerveau visualise le coup en question. Et donc l’apprentissage mental d’un art martial se faisait à force d’affronter de plus en plus d’ennemis.

C’est seulement après ces semaines de mise en condition que les jeunes ont pu travailler avec leur homologue mécanique. Vu que les pilots sont immergés dans l’interface, ils sont incapables de voir les robots en action. Donc ils devaient prendre conscience de la morphologie du Remote Human et de son interaction avec l’environnement. Les premiers exercices, consistant à effectuer exactement l’entraînement suivis par les recrues les semaines précédentes avaient été un fiasco. Le pilotage du robot pour des actions simples, comme courir, avec pris presqu’une semaine. Vu que c’était tous d’excellents joueurs, le doute sur un mauvais calibrage de l’interface utilisateur s’était installé. Les jeunes perdaient confiance en leur capacité et ce n’était pas une bonne chose. Une équipe d’ingénieurs avaient donc débarqué et avaient effectué une batterie de test. Ils n’avaient rien trouvé d’anormal. D’après eux, il fallait plusieurs mois avant de pouvoir piloter un Remote Human. Sachant qu’il y en aurait pour plusieurs mois avant de pouvoir rendre opérationnel l’un de ces combattants, je n’avais pas pu répéter continuellement tout simplement à ces impatients qu’ils devraient persévérer. Je leur avais donc donné l’occasion de se changer les idées en les renvoyant chez eux le temps d’un long week-end.

Ça avait eu son effet. Une semaine plus tard, c’est la projection mécanique de Karen qui avait réussi l’exploit. Le parcours classique d’entraînement avait été bouclé en 13 minutes, soit 5 minutes de plus qu’un soldat. En soi, le temps n’était pas important, c’était le contrôle qui importait le plus. Elle avait donc passé plusieurs heures à expliquer aux autres les rouages internes du pilotage mental. Deux jours plus tard, alors que tout le monde avait pu finir le parcours, elle avait égalé le temps humain. Il y a deux semaines, avant que l’on ne soit passé à des manœuvres plus complexes, le record avait été pulvérisé par Lili : 3 minutes 30! La puissance de ces machines me donnait des vertiges. Si les Européens avaient été équipés de tels engins, la guerre serait certainement finie aujourd’hui.

Ces jeunes n’auraient pas tenu longtemps lors de véritables affrontements mais, grâce à leur capacité à manier un Remote Human, ils étaient devenus les membres d’un redoutable commando.

Un soir, ils m’avaient convaincu d’essayer l’une de ces machines. Et j’avais essayé. Après une heure de tentative, le robot était finalement passé de la position assise à la position debout. Mentalement, la séance m’avait totalement vidé et une migraine s’était déclarée. J’avais compris : Tout le monde n’était pas capable d’utiliser ces machines. Ces jeunes n’étaient pas que des joueurs, ils avaient été sélectionnés par Jimmy et Marina, tout comme je l’avais été 3 mois plus tôt.

« Bip-Bip-Bip »

La sonnerie de rappel.

Fini de rêvasser. La réunion commence dans cinq minutes.

  • Johnny, je suis en conférence téléphonique, Qu’on ne me dérange sous aucun prétexte
  • Bien compris, chef!

Johnny a fermé la porte puis j’ai attendu l’appel.

  • Bonjour Sam!
  • Bonjour Jimmy!
  • Comment se passe la formation?
  • Encore une semaine ou deux et ils seront au point.
  • Parfait, on est dans les temps. Nous avons justement une mission pour votre équipe.
  • Des détails?
  • On envoie l’escouade au CERN.

Le CERN? La mission à laquelle je n’avais finalement pas pu participer. Comment s’était-elle déroulée sans moi? Si l’on doit envoyer un commando sur place, ça signifie que nous avions échoué.

Jimmy a repris la parole :

  • Il y a trois mois, la mission consistant à reprendre le centre de contrôle avait été annulée en dernière minute. Les informations concernant les troupes NEO sur place étaient sous-évaluées…
  • Et vous pensez qu’une bande de jeunes va pouvoir faire mieux qu’un commando de 20 soldats? La colère montait en moi
  • Voyons, Sam! Les jeunes en question resteront à vos côtés, ici. Uniquement les Remote Humans seront envoyés sur le terrain.

La rage est retombée aussi vite qu’elle n’est apparue.

  • Le poste de commandement ne sera pas en Europe?
  • Non, nous avons réussi à rétablir un lien physique permanent avec la côte de Bretagne.
  • C’est tout de même à plus de 1000km du CERN.
  • Nous savons cela. Des instructions particulières vous seront envoyées dans les minutes qui viennent.
  • On peut compter sur des appuis locaux?
  • Pas un appui proprement dit. Un technicien italien se joindra à votre équipe dans les premiers jours. Il se chargera de la partie technologique.

Quelque chose cloche. Nous aurions pu avoir de l’aide militaire normalement.

  • Qu’est-ce que vous ne me dites pas?
  • La Suisse et une grande partie de la France sont aux mains du NEO.
  • Impossible! Comment ont-ils pu progresser aussi loin en si peu de temps.
  • Les retombées radioactives ont poussé les populations à se regrouper ou à fuir. Les armées sont allées en soutien. L’ennemi a progressé sans rencontrer d’opposition. Nous  avons donc pu couper tous les systèmes pour ralentir les troupes.
  • Sans électricité, comment on va …
  • L’objectif de la mission, c’est de récupérer des données au CERN et d’empêcher tout démarrage. Les installations du CERN étant situées sous terre, les bombes à impulsion électromagnétiques n’ont pas pu le rendre totalement inutilisable. Tout le reste est dans le dossier.
  • Et si j’ai des questions?
  • Tu n’en auras pas. Votre équipe et vous serez transférés au centre de pilotage d’Angling Lake dans deux jours.
  • Parfait alors.

La communication s’est interrompue me laissant dans mes méditations. Je n’ai pas eu longtemps à attendre que le dossier concernant la mission apparaissait sur mon écran.

Enfin un peu d’action…

Suite

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The Postman Écrit par :

3 Comments

  1. 22 juin 2016
    Reply

    La suite ! La suite ! La suite !

    • 22 juin 2016
      Reply

      J’ai fini la partie 3 du chapitre 4… il va donc falloir attendre… attendre… attendre… :p

      • 22 juin 2016
        Reply

        Hannnnnnnn, c’est méchant ça :p

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