E-volution 6.0 – Chapitre 3 (2/3)

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Jane et ses intuitions! Si elles n’avaient pas l’habitude de se concrétiser, je me serais bien passé de cette sortie nocturne et de ses conséquences.

Il faut dire qu’elle a un sacré esprit de déduction! Après la découverte des pièces secrètes, elle avait sauvé l’équipe scientifique d’un véritable massacre.

  • Pourquoi Jamal aurait laissé des traces telles qu’un PC portable alors qu’il savait qu’il allait se suicider? Tu ne trouves pas ça étrange, toi?

C’était une simple question, mais cette soirée-là, si on n’avait pas appelé les démineurs avant que les scientos ne tentent de s’emparer du portable, nous serions tous morts, brûlés ou ensevelis, selon l’endroit où nous étions. Dans l’arsenal de Jamal, outre des fusils d’assaut et des armes de poing, on trouvait aussi des explosifs. Déplacer le portable faisait office de détonateur.

Le plan était assez subtil. Le piège aurait pu juste se refermer sur nous lorsque la trappe s’était ouverte, mais non. Il voulait faire un maximum de victimes avec l’explosion. Lorsque le simple portable serait déplacé, c’est-à-dire lorsqu’une équipe complète de scientifiques serait présente dans la pièce, la bombe ferait un carnage.

Les démineurs étaient arrivés. Ils avaient d’abord sécurisé la zone. Puis ils avaient entrepris de retirer tous les explosifs visibles. C’est à ce moment-là qu’ils avaient découvert le fil. Il s’enfonçait dans le plancher et ressortait sous le pied du bureau. Là où une première charge avait été placée. Celle-ci était reliée au PC. Toute personne située dans l’arsenal ou dans la pièce du bureau n’aurait eu aucune chance lorsque la machine aurait été déplacée.

A partir de ce moment-là, nous avions redoublé de prudence dans chacune de nos découvertes. Mais cela n’avait pas suffi.

D’abord il y avait eu Meredith. Même en portant son masque et ses gants, elle n’avait pu échapper à son horrible destin. C’est elle qui avait émis l’hypothèse que l’on trouverait certainement des traces de cellules épithéliales sur les tapis. Elle ne s’attendait pas à ce qui aurait pu passer pour de la poussière soit en fait une version dérivée de ricine. En se déplaçant près du tapis, le faible courant d’air avait soulevé la poudre qui était entrée en contact avec ses yeux. Le poison d’origine végétale était fatal si on le respirait ou si on l’ingurgitait. Cette version-ci avait été altérée pour agir dès qu’elle entrait en contact avec la peau ou les yeux. Un simple grain de poussière tombant sur la rétine provoquait une forte douleur. Et dans un tel cas, le premier réflexe, c’est de se frotter les yeux, répandant encore plus la toxine acide. Une fois dans le système sanguin, il ne fallait pas très longtemps pour que l’agonie commence. Dans le cas de Meredith, lorsqu’elle s’était frotté l’œil, cela  avait déplacé son masque et elle avait inhalée le poison. Cinq minutes de destruction interne plus tard, elle était morte.

A ce moment-là, Jane et moi étions à l’extérieur. Les démineurs avaient déjà contaminé une partie de la scène et nous voulions laisser le plus d’espace pour laisser travailler les scientos. Jane me faisait part de l’étrangeté de la situation. Comme si le terroriste était au courant de nos méthodes d’investigation. Elle avait vu juste pour la bombe découverte, la première des deux. Quelque chose ne collait pas à ses yeux : pourquoi, en cas d’explosion, épargner la salle de prière? Quand le hurlement de Meredith s’était fait entendre, elle avait compris.

Nous n’avions rien pu faire pour Johnny. Les démineurs ayant fait leur travail et vu l’importance de l’enquête, Le PC avait été emmené directement au labo. La procédure avait été suivie : la machine devait être décortiquée dans notre salle blanche, une pièce totalement sécurisée, hermétique à la poussière ainsi qu’aux fluctuations électromagnétiques. Johnny Craft ne s’était douté de rien. Il avait procédé avec prudence. Il avait dévissé le capot arrière, puis il avait déconnecté le premier disque dur. Il ne s’était pas attendu à ce que le câble reliant le second disque à la carte mère soit un micro-détonateur. Le second disque quant à lui s’était avéré être une barre de semtex, indétectable à cause de la protection entourant le disque. Johnny n’avait eu aucune chance. La violence de l’explosion ainsi que sa proximité l’avaient déchiqueté. Toutes les preuves se trouvant dans cette salle avaient été détruites elles aussi.

Jeudi avait été une journée perdue. La direction avait opté pour que nous passions tous des tests médicaux. Toutes les procédures aient été changées. On espérait ainsi éviter d’autres pièges. Les scientifiques, toujours sous le choc de la disparition de leurs collègues, s’étaient montrés plus vigilants dans leurs analyses. Mais cela n’avait rien donné. Nous faisions du sur-place. Jane et moi étions d’accord sur le fait de fouiller le bois entourant la maison de Jamal, mais cela ne pouvait pas se faire sans prendre nos précautions. L’enfoiré avait peut-être miné les lieux. Il fallait aussi remonter la piste des armes, du semtex et de la ricine, Il était important aussi que l’on découvre comment il était entré dans le centre de données et comment il avait pu passer inaperçu pour arriver à la salle de commande.

Les armes découvertes étaient relativement anciennes. Aucune d’entre-elles ne datait d’après la mise en place des IAs. Cela signifiait qu’une seule chose : elles avaient été achetées au marché noir et sur le territoire Canadien. Cela était confirmé par les déplacements de Jamal depuis 2045. Il n’était jamais sorti du pays. Le système de surveillance de la frontière est réputé infaillible et même un lapin traversant la clôture séparant le Montana de la Saskatchewan était détecté. Il en va de même pour ceux qui veulent entrer au pays par la mer ou via les lacs. Et c’est sans oublier l’Oncle Sam! Provenant du sud, faire un pas aux abords de la frontière, c’était risquer de prendre une balle perdue. Nous avions donc dû oublier cette piste. Il en allait de même pour le Semtex et le C4 découvert.

Un autre fait troublant travaillait Jane : même sur le premier portable découvert, nous n’avions trouvé aucun enregistrement du terroriste revendiquant son geste au nom d’une organisation quelconque. Or, la revendication des actes est importante pour tout mouvement terroriste. Si le gars était un illuminé et avait agi seul, il devait avoir laissé un message. Et s’il travaillait pour le NEO ou une organisation, des revendications auraient dû nous parvenir. Mais là, rien.

Jane avait opté pour l’existence d’une autre planque. La question était de savoir où elle pouvait se trouver. Nous avions épluché toutes les activités sur le compte bancaire de Carl Springer et tout était clair. Les salaires reçus, les achats effectuées, toutes les sommes se situaient dans la moyenne. La villa lui appartenait, il avait eu fini de rembourser l’hypothèque l’année précédente.

Hier, nous nous étions donc décidés à visiter les bois, accompagnés d’un groupe de démineurs. Nous y avions passé la journée et nous avions fait chou blanc. Rien, pas même une cabane dans les arbres. Aucune mine, ce qui paressait étonnant. Vu sa connaissance de nos procédures, il devait savoir que nous nous attaquerions au petit hectare de forêt. A mon avis, il ne voulait pas attirer l’attention. Si un gamin marchait sur une mine, une enquête de voisinage aurait lieu et risquerait de compromettre ses plans.

Je regardais les informations quand Jane avait appelé :

  • Jeff,  j’ai trouvé quelque chose!
  • Jane, il est presque 22h. Ca ne peut pas attendre demain?

Ignorant ma question, elle enchaînait

  • Jamal avait ouvert un compte en banque à son vrai nom lors de son arrivée! Il avait déposé 49.000 $, soit le maximum non-déclarable autorisé pour un immigrant. L’argent n’est pas resté très longtemps. Quelques mois plus tard, un retrait de 42000$ a été effectué
  • Quelque chose me dit que tu sais où ils sont passés…
  • Bingo! Je me suis demandé ce qu’on pouvait acheter avec cette somme. Voiture, petite embarcation, caravane… ou un petit chalet… J’ai retrouvé la transaction en recherchant toutes les achats de biens entre 39000 et 43000$ à cette période. Il n’y en avait qu’une, au nom de Carlos Singi, alias Carl Springer. Comme il a payé cash le chalet, il n’y a pas eu de recherche approfondie sur son identité et aucun compte en banque à fournir.
  • Tu as l’adresse?
  • Évidemment. C’est dans le secteur de Chelsea, près du Lac Meech..
  • Donne-moi une demi-heure et je suis chez toi.

Je n’avais pas traîné. Sérieusement, j’aurais préféré reporter ça à demain matin, mais après 3 jours à patauger, j’étais content et pressé d’avancer dans l’enquête.

Par contre, j’avais oublié la tempête. Au départ, la visibilité sur l’autoroute 5 était très bonne mais plus on se rapprochait du lac Meech, plus les chutes de neige s’intensifiaient. La nature semblait décidée à nous faire rebrousser chemin. Peut-être aurions-nous suivre ses conseils.

En cette période de l’année, le lac n’était plus qu’une étendue blanche que nous devions longer sur plusieurs kilomètres. La neige nous empêchait de dépasser les 20 km/h. Le chemin n’était pas entretenu durant l’hiver. La plage Blanchet, située à l’extrémité Ouest du lac avait un franc succès en été, mais en hiver personne ne s’y aventurait. Même les férus de raquettes ne se déplaçaient pas aussi loin. A mi-chemin entre le lac Meech et  le lac Mousseau, un sentier à peine plus large qu’une automobile partait plein sud. D’après les indications de Jane, en le suivant sur moins d’un kilomètre, nous devrions atteindre le pavillon de chasse de Jamal.

Avec la neige, nous risquions de rester bloqués. Nous avons donc laissé ma Chevrolet sur place et j’ai sorti les raquettes qui étaient dans le coffre. L’expérience m’avait appris qu’en hiver, au Canada, il était nécessaire d’être paré à toute situation.

Une fois les raquettes chaussées, j’avais coupé les phares. Je les rallumerais à distance au retour. Dans la nuit et avec une tempête, un point de repère n’est pas à négliger. Nous nous sommes lentement avancés dans l’obscurité de la forêt, lampes torches à la main. Au fur et à mesure de notre périple, il me semblait voir une lueur briller à travers les arbres. Était-ce un véhicule?

Plus nous rapprochions du chalet, plus j’étais sur mes gardes.

  • Un incendie! S’était écriée Jane

Des flammes s’élevaient au-dessus de la cime des arbres. Le chalet était en train de brûler, et ça malgré la neige, le froid et le vent.

A moins de 5 mètres des flammes, une odeur m’avait titillé le nez.

  • Ça sent l’essence.
  • Tu penses à la même chose que moi?
  • Sûr! L’incendie n’a pas dû être démarré depuis plus d’une dizaine de minutes.
  • Ce qui veut dire que le responsable est peut-être encore dans le coin. Appelle des renforts, je fais le tour.

Elle tapota sur son bracelet lorsque, arme au poing, j’entreprenais de contourner le bâtiment.

Il ne m’avait pas fallu plus de deux minutes pour faire ma ronde. Deux minutes et Jane était passée de l’état vivant à celui de cadavre. Elle était étendue sur le dos dans la neige. Mais celle-ci n’était pas la neige blanche et pure comme elle l’était partout ailleurs. Une couleur rosée s’étendait autour de sa tête, du sommet de son crâne jusqu’à ses épaules. De sa nuque dépassait l’empennage d’une flèche. Elle n’avait pas eu le temps de crier, elle n’avait pas souffert non plus et elle n’avait pas vu son agresseur. Il l’avait lâchement  attaquée par derrière.

Même si mon esprit voulait que je reste près d’elle, mon cerveau lui émettait plusieurs signaux d’alarme. L’un d’entre eux m’avait sorti de ma torpeur. Je m’étais alors jeté sur le sol et avais rampé derrière l’arbre le plus proche. Avait-elle eu le temps de contacter le QG? Quoi qu’il en soit, une fois son cœur arrêté, le bracelet avait émis un signal indiquant le décès d’un agent. Ce signal serait relayé rapidement et une escouade serait envoyée ici. Mais il faudrait au moins une heure avant qu’ils n’arrivent ici.

Le tueur avait une longueur d’avance sur nous. Comment avait-il su que nous arrivions ? Il aurait pu tout brûler plus tôt ou, mieux, il aurait dû piéger le chalet. Cela aurait été plus cohérent. Alors pourquoi? Pensait-il que nous n’allions jamais trouver cette cache?

J’entreprenais de me faufiler parmi les arbres pour débusquer le tireur lorsque le bruit d’un moteur s’était fait entendre Je connaissais ce son. Une motoneige! Il se cassait! Je m’étais alors hâté de courir vers l’origine du bruit mais il était déjà trop tard.

J’étais alors retourné auprès de Jane pour attendre les secours. Les larmes me montaient aux yeux en repensant à ces dernières années passées ensembles. Son sourire, son humour, son sens de la déduction, nos repas,  nos virées au bar lorsqu’on finissait une enquête. Tout cela était fini.

Comme un message qu’elle m’envoyait de l’au-delà, la neige s’est arrêtée de tomber. Une feuille à moitié carbonisée virevoltait au souffle du vent, lui aussi apaisé. Elle s’était posée, délicatement, juste dans le prolongement du bras tendu de Jane.

Sur le document, quelques mots étaient encore visibles :

Hall : 3 caméras. Un angle mort dans le

Couloir 1B : coller Jackson, invisible pour le système

Ascenseur : code : 674523 – 2ème sous-sol.

Couloir 2A : coller Jackson

SdC : Prononcez « Inspection Sanitaire »

C’était exactement ce que Jamal avait dû faire pour atteindre la salle de contrôle. Qui avait bien pu lui fournir ce genre d’information?

Les secours étaient arrivés 30 minutes plus tard. La tempête s’étant calmée, l’accès au chalet par les airs avaient été rendu possible. Après un court échange avec les secouristes et les collègues, on m’avait déposé à ma voiture. Je préférais rentrer par moi-même. Je ferais mon rapport dès la première heure et je me doutais bien qu’un psychologue serait présent pour m’accueillir.

Étant toujours équipé de mes raquettes, j’étais d’abord allé les ranger avant de reprendre la route. C’est ce qui m’avait sauvé la vie.

Le coffre était verrouillé. Avais-je verrouillé le véhicule en coupant les phares? Par réflexe, sûrement. J’avais alors appuyé sur le bouton de déblocage et, la fraction de seconde suivante, je planais dans les airs pour atterrir 10 mètre plus loin. Après avait suivi une longue période d’obscurité.

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The Postman Écrit par :

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