E-volution 6.0 – Chapitre 1 – Recrutement (5/6)

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J’étais d’une humeur massacrante lorsque la Jeep était venue me chercher à notre camp de Lausanne pour me conduire à l’aérodrome de la ville. J’étais toujours aussi enragé lorsqu’un avion militaire, m’avait amené à Paris pour, ensuite, être emmené à l’ambassade du Canada en voiture.

Durant tous ces trajets je n’avais cessé de penser à mes amis qui avaient offert leur vie pour empêcher l’ennemi de prendre le contrôle de la France et d’assouvir l’Europe. Ils avaient déjà établi un califat au Portugal et en Espagne. La moitié de l’Italie était occupée et tout se jouait pour le moment en Suisse. L’Allemagne et les pays baltes retenaient le NEO au niveau de la Tchéquie et de la Biélorussie. La Russie étant tombée sous le joug des islamistes asiatiques. Par chance ou par malchance, il faut reconnaître que l’épidémie de grippe espagnole de 2053 avait fait énormément de ravage au niveau mondial… sauf au Canada qui avait maintenu un blocus serré sur ses ressortissants. D’après les économistes, la population et le PIB du Canada avait crû entre 2053 et 2055. Certains partisans de la théorie du complot affirmaient que le pays avait déclenché intentionnellement cette épidémie.

Rassemblant toutes mes connaissances à propos de cette contrée lointaine, je m’étais souvenu qu’ils n’avaient pas été aussi neutres que cela ; leur seul mouvement, outre celui avancé par les théoriciens, était celui qui nous a permis de maintenir ce statu quo : le blocage de tout l’équipement électronique du NEO en utilisant une bombe à impulsion électromagnétique géolocalisée. Bon, ça avait aussi détruit la majorité des communications par satellite au niveau eurasien, mais d’un point de vue générale, ça nous avait donné l’avantage. Nous avions, dès lors, accès à la plupart de notre armement balistique à courte portée tandis que le NEO devait se contenter d’armes remontant au siècle dernier.

Ça n’avait pas suffi car la taille de notre armée était nettement inférieur à la leur, c’était David contre Goliath : même la Chine et l’Inde avec une population réduite de 65%, représente le triple de notre population actuelle. Le seul moyen serait l’arme nucléaire mais son utilisation aurait des impacts même chez nous, sans négliger que les Etats-Unis y ont mis leur véto. Ces derniers ayant subi de plein fouet l’épidémie, ce qui nous a privés d’une aide logistique et humaine importante.
Il était 16h30 et nous approchions de l’ambassade. Depuis que les IAs étaient devenus les gardiens de l’économie canadienne, l’ambassade avait déménagé prèsdu quartier de la Défense à Paris. Ce nouveau bâtiment étaitune démonstration de la puissance technologique ; il s’agissait d’un cube blanc haut de 5 étages. Ce qui était étrange, ce sont les murs, non pas en béton mais en verre, blanc, opaque. On ne distinguait même pas la porte !

Il se dit que cet immeuble est imprenable – sans porte, je pouvais presque le concevoir – mais qu’en plus, il peut résister à des impacts de gros calibres. Une démonstration avait été effectuée pour ce type de verre et un missile Hellfire tiré à partir d’un hélicoptère n’avait pas réussi à l’ébrécher. Évidemment, ce fut encore un gros succès commercial pour GlassCan, une société canadienne. Par contre, même si l’Europe avait passé de nombreuses commandes, seuls certains QG en avaient été équipés. Sur le front, nous en aurions fait un meilleur usage, m’étais-je dit.

Soudain, j’avais vu quelque chose d’étrange : un homme en costume trois pièces se dirigeait vers le bâtiment puis un éclat était apparu sur la surface du verre: une porte s’était dessinée. L’homme avait continué d’avancer comme si de rien était et était entré dans le bâtiment. La porte avait ensuite disparu. Nous étions loin des ambassades protégées par de haut-murs, des grilles et des militaires. Ici, il n’y avait pas de garde. cela faisait émaner de ce bâtiment une telle suffisance : pour eux, la menace n’existait pas.

La voiture s’était arrêtée et je m’attendais que le chauffeur ouvre le véhicule ; au lieu de cela, le sol semblait se dérober sous le véhicule et un élévateur nous faisait descendre plusieurs mètres sous terre. Le « toit » s’était refermé rapidement après notre passage. La descente avait été de courte durée : On s’était immobilisé et la porte s’était ouverte.

– Monsieur Olivier, je suis votre guide Eric. Merci d’avoir répondu à notre invitation.
– Comme si j’ai eu le choix… Je vous suis, Eric, que l’on en finisse rapidement avec cette farce.

Il m’avait répondu avec un sourire compatissant et m’avait invité à le suivre, dans un labyrinthe de couloirs blancs. Mon sens de l’orientation avait été mis rudement à l’épreuve, néanmoins je pensais être capable de retrouver la sortie seul si cela s’avérait nécessaire. Après avoir emprunté l’ascenseur, où aucune indication d’étage ni aucun bouton n’était visible, et être arrivé dans un bureau, j’estimais que l’on devait être au centre de la structure. Je m’étais tout de même mis à douter de mes capacités: il y avait des fenêtres donnant sur l’extérieur. Eric m’avait proposé de m’asseoir et, après avoir pris place, lui s’était mis en faction dans un coin de la pièce. Le plus perturbant avait été lorsqu’une personne était entrée par une porte inexistante auparavant et donnant sur l’extérieur – du moins, c’est ce qu’il m’avait semblé. Le type était un bureaucrate dans toute sa splendeur ; il s’était présenté, en français, sous le nom de Gabriel Sainte-Croix. Son accent trahissait ses origines québécoises.

Sans attendre, je passais à l’offensive :

– Evitez toutes les formules de politesse et dites-moi pourquoi je suis ici.
– Vous êtes ici car vous avez été choisi.
– Choisi ? Vous avez intérêt à avoir plus d’arguments si vous voulez que j’embarque dans cette aventure. Je n’avais aucune envie d’entrer trop dans la confrontation avant d’avoir plus de cartes dans la manche.

Il fallait que j’en sache plus.

– Je comprends vos inquiétudes. Je vais me faire un plaisir de vous expliquer, dans les limites de ce qui est autorisé, de quoi il retourne.
– Je vous écoute. Je me doutais qu’il ne pourrait pas m’en apprendre beaucoup, d’ailleurs est-ce que lui-même était au courant de tout ?
– Le Canada, contrairement à ce que l’on croit, n’a jamais été neutre dans cette guerre. Les IA Jimmy et Catherine ont communément décidé que notre place devrait être en support logistique et non sur le front. – Nous… – je l’interrompis
– Jimmy, Catherine, IA ? Vous pouvez m’en dire plus?
– J’avoue, j’oublie parfois que notre monde est assez opaque pour les non-initiés. Le Canada, pour éradiquer la corruption, renforcer son économie, assurer le bien-être de ses citoyens, a remplacé tous les organes ministériels par des intelligences artificielles autonomes, les IAs. Jimmy est le programme qui gère tout ce qui concerne la Défense et Catherine se charge des Relations Extérieures. Voyez-les comme nos ministres.
– Vous voulez dire que des machines contrôlent le pays? Ce n’est pas très démocratique, il me semble…
– Je vous arrête : nous avons des élections tous les 4 ans, mais au lieu de voter pour des individus, nous votons pour des projets. En fonction des projets qui ont été choisis par les citoyens, les enveloppes budgétaires sont mises à jour et les IAs se reprogramment eux-mêmes pour mettre en place les projets. Si vous acceptez de nous rejoindre, la première étape pour vous sera de recevoir un cours accéléré sur la politique Canadienne.

J’avais pris quelques instants pour assimiler cette information.

– Bon, je suppose que je dois me contenter de çà. Vous pouvez continuer.
– Hier, nous avons subi une attaque et nous avons eu nos premières victimes. Cinq ingénieurs ont péri. Cette affaire sera publiée dans les journaux de demain, donc il ne s’agit pas d’un secret d’état. Et avant que bous ne posiez la question, oui nous avons aussi une IA qui se charge des communications; elle s’appelle Joachim.
– Cinq victimes en 10 ans, vous vous en tirez plutôt bien, ironisais-je.

Il était resté calme et avait repris :

– Cet événement a donc provoqué une mise-à-jour de nos IAs et elles ont décidé que nous devrions agir et augmenter nos interventions dans cette guerre. Pour cela, malgré toutes les données que nous avons obtenues sur le terrain via l’analyse des rapports d’intervention, nous avons besoin d’une personne d’expérience, capable de monter des missions de sauvetage ou de commando. Jimmy et Marina, l’IA des ressources humaines, avec l’aide de votre haut commandement, vous ont sélectionné.
– Est-ce que j’aurais le droit de choisir mon équipe? J’avais déjà des noms en tête…
– Non, enfin pas dans le sens où vous le pensez. Vous pourrez la former à partir de nos effectifs; vous êtes le seul autorisé à entrer au Canada. Si vous deviez avoir une équipe Européenne, il faudrait de nouveaux accords et vous ne pourrez que la guider de notre QG.
– Vous voulez dire que je ne serais pas sur le terrain? Comment voulez-vous que …

Il avait secoué la tête, puis une voix s’était élevée, provenant de haut-parleur tout aussi invisible que la porte du bâtiment.

– Monsieur Olivier, ne sous-estimez pas notre avancée technologique. Nous sommes tout à fait capable de mener une guerre afin de minimiser les pertes humaines, et cela même à 7000km du front.
– Qui parle, dis-je?

Gabriel avait blêmit. A première vue, il ne pensait pas qu’on viendrait à son secours, voire il ne le désirait pas. C’est lui qui m’avait répondu en soupirant :

Jimmy…

Ce dernier avait continué :

No stress, Gab’. Tu n’as pas commis de faute. Du soulagement était apparu sur le village de Sainte-Croix.

Avant qu’il ne puisse continuer, j’avais explosé :

– Si vous aviez cette technologie, pourquoi ne pas avoir agi avant? Avant qu’il y ait autant de morts?…
– Pour des questions de politiques intérieurs et extérieurs et pour des raisons de limitation. Vos gouvernements n’apprécient pas de traiter avec des machines, nos citoyens n’ont jamais opté pour l’entrée en guerre et nous, en tant qu’IA, ne pouvons pas agir sans consentement ni sans …

Joachim s’était arrêté et une autre voix, féminine et douce, avait pris le relai.

Si tu veux en savoir plus, Sam, tu dois accepter notre proposition et nous rejoindre. Tu éviteras ainsi que la guerre s’enlise et tu pourras, réellement, sauver de nombreuses vies. C’est ce que tu désires, n’est-ce pas?

Malgré tout, ma décision avait été déjà prise. Je savais que les mots de cette seconde IA étaient la vérité. Elle avait déjà lu au fond de mon cœur et elle savait que je ne voulais plus voir des proches mourir au combat.

J’accepte, m’entends-je dire.
Parfait. Je vous laisse au bon soin d’Eric et de Gabriel qui vont vous expliquer les prochaines étapes.

J’avais alors appris que mon passage à Paris serait bref. À 6h demain matin, un avion me conduirait à Bruxelles d’où je partirais pour la Nouvelle-Ottawa avec le vol de 8h.

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The Postman Écrit par :

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