Asocial? Oui, mais…

Il faut se l’avouer, il y a plusieurs types d’asocial… Certains de mes amis vous diront que je ne le suis pas; c’est normal, vu que ce sont des amis, je ne leur suis pas asocial et donc, vu que l’on ne se voit que dans des environnements contrôlés, c’est-à-dire où il y a très peu d’inconnus autour de nous, il ne leur est pas possible de voir cette facette de moi. Il ne s’agit pas de tromperie: je ne leur cache pas que je suis asocial mais, vu que nous partageons des longueurs d’onde communes, hormis celle-là,  il m’est impossible de me montrer antipathique avec eux.

Je suis asocial et anthropologue: Je n’aime pas les gens mais j’aime regarder ce petit monde évoluer autour de moi, vivre leur vie, essayer de comprendre pourquoi certains se comportent comme des loups et d’autres comme des moutons. Si j’étais machiavélique, j’aimerais m’amuser à les corrompre et à les manipuler, non pour mes propres desseins, mais pour les étudier et pour confirmer que le comportement humain est prévisible, du moins avec un taux de concordance qui frôle le 99,999%.

Je suis asocial mais professionnel: Ne croyez pas pour autant que je ne puisse pas faire preuve de sympathie; je suis consultant, je suis en permanence en contact avec les clients et je me dois donc d’être professionnel, cordial et correct, mais surtout je dois m’intégrer. Un peu comme Dexter, il m’arrive de me demander ce que je dois dire à tel ou tel moment pour avoir l’air « normal ». Dois-je simplement acquiescer? Dois-je proposer un café?… Bien sûr, des automatismes se créent: lâcher quelques blagues par-ci par-là, taper sur le français de l’autre côté de mon bureau, etc… mais je n’essaie pas pour autant de moi soigner! C’est clair que j’ai des affinités avec certains – surtout les geeks (du moins, c’est comme ça que je les vois), mais dans ce cas, l’objectif n’est pas de sympathiser mais de se faire un pote, une relation amicale plus durable, bien que le frein « consultant-client » existe et que ça ne mènera pas très loin.

Je suis asocial mais poli: Pourquoi en serait-il autrement? Je ne vais pas insulter tout un chacun parce que sa tête ne me revient pas ou parce que, de base, je ne l’aime pas. D’ailleurs mon éducation m’interdit toute impolitesse; la preuve en est que je suis incapable d’écrire, mais sur mon propre blog, la forme vulgaire de « va te faire voir » (au pire, ce sera « va te faire f….! », au mieux « dégage! »)… Et puis, je me vois mal aller à l’épicerie et parler grossièrement à la caissière. Bref, restons courtois et faisons même des blagues (du moins aux gens que je « connais »).

Je suis asocial et je le cache: La société dans laquelle nous visons prône le « vivre ensemble », du moins de façade (n’oubliez pas la règle de Pareto: 80% de la richesse appartient à 20% de la population – on peut même dire 90-10 dans certaines contrées); donc l’intégration est nécessaire pour arriver à ses objectifs et pour ne pas être brimé d’une façon ou d’une autre. On vous force à collaborer dans certaines structures alors que le travail individuel s’avère parfois tout aussi payant – mais bon, il faut aider son prochain et donc partager ses connaissances.

Je suis asocial et geek: Je considère mon pc comme étant plus fiable qu’un humain; tout est dit! Ah non, les maths, c’est encore plus fiable, c’est vrai!… Je joue sur PC, mais dans des MMO car le contact virtuel est plus intrusif que le réel, voir trop intrusif. J’ai essayé un jeu un jour et ça a duré trois ans: trois ans à comprendre les autres, à les mener à la victoire, à gérer une équipe comme l’on peut gérer une entreprise, ce fut un bon exercice, rien de plus… . Je blogue, mais non pour socialiser, ni par narcissisme, mais pour un but simple: aider ma fille à comprendre qui est son père ou plutôt d’où vient son papa. Elle grandira et apprendra à me connaître, je lui inculquerais beaucoup de choses, du moins je le souhaite, mais, si j’ai l’aisance ici, de pouvoir écrire des tartines, il n’est pas toujours aisé de faire de même IRL – sans oublier que là, elle n’a que 4 ans… le mot « asocial » ne fait partie de son vocabulaire et ce n’est pas le concept à lui apprendre pour le moment (bien que… lol). Un jour, elle comprendra, mais pas aujourd’hui.

Je suis asocial et j’ai des amis, du moins, je le crois. Parfois, je me demande ce qui fait qu’eux font partie de mes amis et pas d’autres… mais quelque chose me dit que ça ne s’explique pas. Ces amis-là, ils vivent loin, sur un autre continent, mais je sais que je peux compter sur eux. Du moins, il m’est rassurant de le croire – non que je n’ai pas confiance, mais parfois, je me dis que cette distance est aussi bonne pour mon mental que pour le leur (lol) – je suis de bonne compagne mais ne suis pas fréquentable – surtout si ne voulez pas entendre médire 😉

Je suis asocial et en couple, et je vous l’avoue, ça doit être plus difficile pour elle que pour moi. Comme beaucoup d’homme, je peux rester de marbre quand on me crie dessus, mais vue que je suis asocial, il arrive souvent que l’on aie aucun retour du tout de ma part dans ces moments-là, ni même à l’inverse. A de rares exceptions, j’exècre les contacts physiques et, comme je n’aime pas être touché, par réflexion, je ne touche pas (hey! oh! non, les bébés ne se font pas tout seul, hein!); elle qui aime qu’on la rassure, qui apprécie de se balader main dans la main, qui ne serait pas contre des marques d’affection régulières, je la prive de tout ça. La seule qui franchit cette barrière, c’est la petite et cela, car elle ne sait pas qu’il y a une barrière.

Je suis asocial et je ne changerais pas; non pas que je suis trop vieux pour changer (le changement, c’est une seconde nature pour moi), mais il s’agit de la meilleure façon de protéger mon intégrité mentale contre la nature humaine, ses méfaits et son irrémédiable besoin de répéter les mêmes erreurs, jours après jours, siècles après siècles. C’est aussi le seul moyen de rester rationnel avec ce qui nous entoure et de pouvoir apprécier les choses telles qu’elles sont et non comme elles nous sont jetées à la figure. Non pas que le bonheur d’un enfant ne me réchauffe pas le cœur (je suis asocial mais pas sans cœur), mais je refuse purement et simplement de m’impliquer plus que nécessaire. Le monde change et je m’adapte, mais le monde ne change pas toujours en bien, et pour le remarquer et pour essayer d’améliorer notre quotidien, il faut être extérieur à ce monde.

C, je suis asocial mais tu es ma fille et je t’aimerais toujours.

Papa

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The Postman Écrit par :

8 Comments

  1. 9 mars 2015
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    J’ai vraiment l’impression de me retrouver dans ta description.
    La personne qui n’est pas dans la norme de l’expensivité, qui n’est pas 100% à l’aise, alors c’est qu’il est « inadapté ».
    Alors que non, je pense qu’on est juste tous différent ! Qu »on appréhende les relations sociales a notre maniere, qu’on est pas pour autant « coincé » et rougissant toute les 10 secondes …

    Si je peux me permettre … j’ai écrit deux articles sur ce sujet. Peut etre que cela te fera écho également ?
    https://eclectikgirl.wordpress.com/2014/08/14/asociable-ca-cest-vraiment-moi/

    https://eclectikgirl.wordpress.com/2015/01/29/handicapee-des-relations-sociales/

    • ThePostman
      9 mars 2015
      Reply

      Il y a du pour et du contre dans tes articles: asocial n’est pas toujours synonyme de manque de confiance.
      Fedora pourrait te dire que j’ai organisé plus d’une soirée, donc un rassemblement d’élèves de terminal (rhéto, en Belgique). Pourtant, même si je me suis forcé à faire le tour pour savoir si tout se passait bien, il n’en reste que je n’ai réellement discuté qu’avec quelques uns. Le reste, ce n’était que broutille. Asocial, c’est plutôt être sélectif quant au choix des gens avec qui l’on veut vraiment établir des liens – les autres, ce sont les autres et je ne vois pas pourquoi je leur parlerais, sauf pour faire bonne figure.
      Et je dis ça après reçu plusieurs séances de coaching en tout genre… maintenant je sais m’affirmer en public même quand ce n’est pas ce que je veux lol

  2. 10 mars 2015
    Reply

    T’es pas asocial !!!! 😀

  3. 13 mars 2015
    Reply

    oh comme cet article me parle!!!
    je n’aurais pas su expliquer aussi bien mais c’est précisément ce que je ressens
    à un détail près; je ne le cache pas, et donc je n’arrive pas à faire bonne figure.
    ce qui fait que je stagne tout en bas professionnellement par exemple LOL
    mais comme je n’ai aucune ambition professionnelle, je m’en fous.

    j’allais te demander la permission de partager ton article sur mon blog mais c’est un article très personnel donc je te le laisse 🙂

    • ThePostman
      13 mars 2015
      Reply

      Aucun soucis; c’est sur un blog, donc c’est que cela peut être partagé 😉

      Sinon pour le côté professionnel, je suis obligé d’être social; quand je serais devenu chercheur en math pure, là, je pourrais vraiment être asocial en permanence 😉

      • 13 mars 2015
        Reply

        chercheur en math pure…
        je comprends mieux pourquoi certaines de tes phrases me laissent interdite LOL
        moi dont le niveau en math n’a pas dépassé celui du cm2 ^^

        merci pour l’autorisation 🙂

  4. 13 mars 2015
    Reply

    Waouh, il est frais ce billet ! Bon, peut-être qu’il me plait parce que je m’y retrouve un peu… même si je ne m’étais jamais vraiment considérée comme une asociale (et pourtant, je peux quitter une soirée parce que j’estime que je « perds mon temps » et je me dis souvent que les gens sont décevants). Très belle déclaration d’amour à ta fille. Et à ta chérie aussi, même si c’est plus subtil.

  5. […] se trouve ici mais pour te montrer que je maîtrise le copier-coller, je te le livre […]

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