Asocial mais aussi…

Et donc, il y a quelques mois, suite à une première discussion sur un trait de personnalité qui m’était totalement inconnu, je me suis plongé dans des lectures sur la zébritudes.
Non, il ne s’agit pas de cours de zoologie avancé portant sur les chevaux en pyjama (ou en tenue de prisonnier, c’est selon), mais sur la caractéristique de certains adultes qui tentent de se fondre dans la masse mais qui ne font pas partie du troupeau pour autant.

Ces gens, ils pensent trop, ils sont intelligents, ils sont doués dans certains domaines, ils savent qu’ils ne sont pas pareils, ils ignorent vraiment pourquoi, ils ont un fort sentiment de rejet (ou de déconnexion)… et ils sont un peu perdus, déboussolés… Ce n’est pas forcément le cas de tous, mais les zébrés ont de nombreux points communs entre-eux.
Techniquement, ce sont des personnes à haut-potentiel qui s’ignorent et, qui, du jour au lendemain, découvrent leur capacité (non, c’est pas un remake de X-Men, Superman,…).


Arg… le terme est lâché: des gens intelligents, des haut-potentiels (déjà, je vous imagine en train de souffler: pfff… encore des génies, des messieurs-je-sais-tout…).
Pourtant, on est loin de ça. Être doué ne signifie pas qu’on réussisse toujours à l’école, qu’on a les meilleurs notes, qu’on a un égo surdimensionné, qu’on se la « joue » maître du monde… Non, c’est juste que notre cerveau fonctionne différemment: Usuellement, les gens pensent de manière linéaire; les zèbres, eux, leurs pensées sont en arborescence. Le cerveau ne s’arrête quasiment jamais de tourner (sauf pour dormir – il faut bien faire un peu de classement dans tout ce bordel… la nuit, c’est nickel pour faire du ménage).
Pour vous donner une idée, voici un exemple récupéré lors d’un fil de discussion sur FB:

Pensée linéaire :
1 – Qu’ai-je mangé hier ?
2 – Hier, j’ai mangé des carottes.
3 – Elles venaient du potager.
4 – Il faut que je pense à le nettoyer.

Pensée arborescente :
1 – Qu’ai-je mangé hier ?
1 a/b/c […] – Hier j’ai mangé des carottes. / Quel jour étions-nous hier ? / Drôle de mot que « hier ». / Ah oui c’était un bon moment avec X. / Il y avait quoi comme musique pendant le repas ?
2 a/b/c […] – C’était bon > Il faudra que j’en refasse de cette manière. / Mardi. > Le jour de Mars > Marrant, il a un jour et un mois > Pourquoi le deuxième de la semaine et le troisième du calendrier actuel ? / Au niveau étymologique c’est à creuser > D’ailleurs l’étymologie d’étymologie itou > J’aime bien le mot « itou ». / Oui, X est sympa. > En revanche, je n’arrêtais pas de loucher sur sa plaie à la commissure des lèvres. > A un moment j’ai juste moins aimé sa réflexion sur mon bordel, je m’y retrouve, moi. / C’était Wagner > Faut vraiment que je regarde à nouveau « Apocalypse Now » > Quelle horreur que la guerre au Vietnam > Ils ont des carottes dans la gastronomie vietnamienne ?

Bref, c’est compliqué… et ça ne veut pas pourtant dire qu’on est capable de tout faire. D’ailleurs, C’est un peu comme le Yin et le Yang: Si le côté sympa, c’est de penser vite et à tout, le côté moins sympathique, c’est que pour y arriver, une partie de notre cerveau est inhibée: ça veut dire que l’on ressent les choses de manière démultipliée (mais pas tout, je vous rassure).
Il faut désacraliser le fait que les gens avec un Haut-Potentiel peuvent tout faire, et surtout l’idée du « qui peut le plus, peut le moins »!
Il n’y pas un switch on/off dans le cerveau: on ne peut qu’aller à notre rythme… Mais STOP, je m’égare… il faut que je revienne aux zèbres et non simplement aux HPI.
Un jour, j’ai du vous dire que je déteste les généralisations et c’est le cas ici: tous les HP ne sont pas des zébres, tous les HP ne sont pas heureux… Je vous rappelle que les zèbres ignorent qu’ils sont HP jusqu’au jour où un facteur externe leur ouvre les yeux.


Encore il y a peu, je doutais de la chose. J’ai pas vraiment brillé en classe en secondaire (sauf dans certains cours), ni à l’université (idem)… par contre, je comprends très vite et je retiens bien la matière (mais j’ai une mauvaise mémoire, et pas seulement pour ce qui ne m’intéresse pas: c’est paradoxal). Bref, je suis à l’aise pour avoir une moyenne acceptable. C’est clair que si je prenais al peine d’étudier, je pourrais certainement avoir de meilleurs notes (ma psy m’a dit de tenter l’expérience, que ça changerait ma vision du monde – enfin, du cours); parce que, voilà, je n’ai aucune idée de ce que veux dire « étudier ». Non, ce n’est pas de l’égo, c’est un fait. D’ailleurs, si je dois étudier pour réussir, c’est que je ne comprends pas la matière… ce qui est en contradiction avec le fait que je la comprends… pfff…. c’est compliqué.

Quant au bonheur? on est en décalage avec la chose, quand on est zèbre. D’ailleurs, on a un sentiment d’incompris, un sentiment de ne pas être à notre place… et puis, selon nos « gifts », on peut ressentir certains aspects de la vie de manière exagérée. Attention, je lève un voile sur une autre fausse généralité: tous les HPs ne sont pas sujet à des troubles de déficit de l’attention (et c’est aussi l’inverse – tous les TDA ne sont pas des enfants surdoués), il en va de même avec les Asperger et les Autistes (Et pas la peine de me parler de Rain Man)… La théorie des ensembles devraient certainement bien s’appliquer avec toutes ces inclusions/exclusions.


Bref, on n’est pas tous heureux, surtout quand on découvre la raison de notre différence. A ce moment-là, on accuse le choc (là, c’est ce que je fais – avec ce « coming out »). En plus, pour survivre dans ce monde cruel plein de gens, on s’est construit des identités (dans le jargon, ce sont des faux-selfs). Cette construction mentale nous ont permis de vivre en société, mais elles ne sont pas vraiment nous. Elles sont ce que les circonstances ont voulu que l’on soit. Et à force de vivre avec ce faux self, on vient à être en désaccord avec soi et à vivre mal cette enveloppe qu’on a adoptée (j’ai pas dit qu’on soufrait de double personnalité, hein!). On n’est pas non plus dépressif, ni nous n’en voulons à la terre entière (ou simplement au système qui n’a pas détecté ce gift, qui ne veut pas prendre en charge la chose, et dont le système éducatif n’est pas adapté – bien que l’on prendra en charge ceux dont le QI est en-dessous de la norme – là encore « Qui peut le plus, peut le moins » est le mot d’ordre). Pire, dans mon état actuel, je pourrais même en vouloir à ma mère de n’avoir rien fait alors qu’elle savait (il paraît que j’ai passé un test dans la petit enfance). Savoir la chose est déjà un moyen de s’auto-réguler. Parce que, rappeler à un enfant qu’il est très intelligent, s’attendre à ce qu’il soit premier de classe, mais pas lui dire pourquoi… ou ne pas comprendre que son système de pensée est différent, qu’il peut être bon comme artiste… etc etc… Mais non, no stress, je n’en veux à personne… Et puis, un bon zèbre, c’est quelqu’un de résilient…


Allez, un dernier commentaire pour m’auto-assassiner… Outre le diagnostique de haut-potentiel (je ne donnerais pas de chiffre, on s’en tape), on m’a donc classifié comme ayant une personnalité d’évitant-schizoïde (mais pas schizophrène, hein! Personne ne me parle dans ma tête, je me fais la conversation à moi-même – en fait, ce blog, c’est un moyen de me soigner: je me parle à moi-même en passant par vous ;-)) C’est d’ailleurs marrant car, dans une des caractéristiques, c’est d’être asocial… comme quoi…
Sur cet intermède, je crois avoir perdu un tiers de mes followers… ou pas…

[ndlr: je vous rassure au cas où vous iriez chercher sur le net (évitant et schizoïde), j’ai pas tous les symptômes, enfin, il me semble]

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The Postman Écrit par :

21 Comments

  1. 24 avril 2017
    Reply

    Je ne suis pas surprise de lire ca apres avoir lu ton blog 🙂 J’ai aussi ete « diagnostiquee » a HP il y a de ca longtemps, et du coup parfois j’ai l’impression que j’aurai « pu mieux faire » de ma vie. Et sinon je me parle beaucoup a moi-meme! J’ai meme « un autre moi » avec qui je discute dans ma tete… Je dois etre schizoide aussi 😛

    • 24 avril 2017
      Reply

      Moi, je fais toutes les conversations avec tous mes interlocuteurs dans ma tête… évidemment, dès que j’ouvre la bouche, la vraie conversation déraille :p

        • 25 avril 2017
          Reply

          Le truc, c’est que je pensais (d’ailleurs je le pense) que tout le monde fait comme ça… il semblerait que ce ne soit pas vraiment le cas, ou alors pas aussi intensif (par exemple, quand j’ai lu ton premier comm’, j’étais dans ma tête en train d’y répondre, en ajustant les virgules, et les mots… bon, après, comme j’étais pas vraiment devant mon PC mais sur mon cell, j’ai traîné – et un peu oublié)

          • 25 avril 2017
            Reply

            Je pense / pensais aussi que tout le monde faisait pareil… Et je repond aussi aux emails / commentaires dans ma tete 😉 Meme si du coup apres je ne prends pas le temps de le faire « pour de vrai »

            • 25 avril 2017
              Reply

              Et ça pose problème par la suite parce qu’on est presque convaincu qu’on a répondu… ;-)_

  2. 25 avril 2017
    Reply

    Petite question perso : V est au courant de tout ça ?
    Quid de C ? (bon sinon, t’as jamais été associal avec moi ^^ je vais finir par me sentir flatée ^^)

    • 25 avril 2017
      Reply

      Ben non, ce ne serait aps logique dans mon fonctionnement… pas que j’ai essayé d’en toucher un mot de manière subtile…
      Quant à C., je vais gérer. On sait qu’elle est HP, mais elle n’a pas l’air de développer (pour le moment) des problèmes interpersonnels (depuis que je sais, je surveille).
      Non, j’ai pas été asocial, mais avoue que je n’ai jamais confié pas le fin fond de mes pensées (ou alors c’est rare – ou je ne sais pas définir ce qu’est le fin fond)… et puis, comme tu le rappelles, je suis sélectif en amitié, donc si je te parle, c’est déjà une bonne chose :p

  3. 25 avril 2017
    Reply

    Article qui me parle et qui m’a amené à lire celui de « asocial?oui mais » qui me parle encore plus 🙂 je ne suis pas HP (enfin je ne sais pas) mais tu décris vraiment bien les choses que je ressens également. Je m’abonne donc pour pouvoir en lire +.

    • 25 avril 2017
      Reply

      Je ne promets pas que je vais écrire beaucoup sur le sujet… bien que cela pourrait faire partie d’un genre de thérapie.
      Maintenant, je te conseille de lire quelques livres sur les zèbres: « je pense trop » ou « trop intelligent pour être heureux » te donneront un avant-goût de ce que sont les zèbres. N’oublie pas que le principe, c’est que le zèbre, c’est la personne qui découvre qu’elle est HP; et on une personne qui sait qu’elle est HP « avant ».

  4. 25 avril 2017
    Reply

    merci pour le facteur
    il y a quelques temps j’étais la charrue … mon prochain rendez-vous est le 23 juin, mais pour discuter, pour le test, bien entendu … la trouille
    j’ai parlé de toi hier sur le blog 😉

    • 25 avril 2017
      Reply

      Je ne nomme personne sans son accord… et comme demander l’accord, ça prend trop de temps (ça nécessite des échanges lol), j’ai opté pour le facteur 😉
      J’allais te dire que ça ne sert à rien de stresser (en fait, non, ça ne sert à rien), mais il paraît que pour un individu qui se veut no-stress, je serais quelqu’.un d’anxieux… mouarf… et je sais qu’il y a du vrai là-dedans car je ne sais plus laisser pousser les ongles depuis plusieurs années.

  5. 27 avril 2017
    Reply

    C’est marrant mais j’suis pas vraiment surprise 🙂

    • 27 avril 2017
      Reply

      C’est clair… le seul qui est surpris, c’est moi lol
      Non, plus sérieusement, c’est l’aspect évitant-schizoïde qui me travaille le plus.

      • 27 avril 2017
        Reply

        La question est surtout de savoir si cela te pose souci dans ta vie, t’empêche de faire des choses que tu aurais envie de faire… Si ce n’est pas le cas, ce n’est pas forcément un problème… Ne te mets pas forcément la rate au court-bouillon pour ça !

        • 27 avril 2017
          Reply

          c’est assez bloquant dans les relations humaines, en fait… pour le reste, je peux gérer, mais la vie de couple (entre-autre), c’est assez galère.

          • 27 avril 2017
            Reply

            OK.. alors plutôt que focaliser sur la cause, il va falloir chercher des clés…

  6. 28 avril 2017
    Reply

    C’est vraiment chouette ce post, j’ai l’impression de découvrir mieux qui tu es, au-delà des commentaires ironiques 🙂 Se parler à soi-même en passant par les lecteurs du blogue, quelle belle formule…

    • 28 avril 2017
      Reply

      auto-psychanalyse à distance 🙂

  7. 29 avril 2017
    Reply

    Je suis tombée sur ton article grâce à Hellocoton et je ne suis pas déçue de l’avoir découvert ! Je me retrouve beaucoup en toi et notamment ta partie sur la façon de penser, qui m’a d’ailleurs fait bien rire tellement elle me parlait ! Je pensais que tout le monde pensait comme ça mais il faut croire que non à te lire… Besos merci pour cet article !

    • 30 avril 2017
      Reply

      Merci de ton commentaire. ça fait toujours plaisir.
      Et non, c’est le gros de nos problèmes: croire que tout le monde a la même façon de penser.

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